Les dépenses de consulting de l’Université de Lyon dans le cadre du projet d’université-cible sont critiquées depuis plusieurs années, sans que la lumière ait été faite sur les montants à ce jour. Au terme d’une longue procédure, nous avons enfin obtenu le détail des dépenses engagées entre avril 2018 et février 2020. On peut ainsi estimer à 1,5 M€ le montant dilapidé en consulting jusqu’à l’arrêt du projet, alors même que l’expression des personnels, des étudiant⋅es et de leurs représentant⋅es sur ce même projet était systématiquement ignorée. Au-delà du scandale financier, une partie de l’échec du projet trouve une explication dans cette déconnexion.

Deux ans de polémique sur le consulting

Le sujet des cabinets de conseil n’est pas nouveau : en 2018, l’Université de Lyon avait déjà été épinglée comme « vache à lait des consultants » dans un article de Médiacités. Et pour cause : l’établissement venait de passer un marché public « Accompagnement à la construction de l’université-cible » estimé à 900 k€ sur deux ans, dont les quatre lots avaient été attribués à deux cabinets bien connus dans l’enseignement supérieur : Plein Sens et Siris. Ce dernier cabinet avait d’ailleurs déjà été engagé pour produire les « principes incontournables de l’université-cible » un peu plus tôt, pour quelque 70 k€…

C’est également en 2018 que nous avions révélé la rémunération scandaleuse des membres du Scientific advisory board (SAB) de l’Idex : 23 k€ pour une seule journée de réunion de ces « expert⋅es », aboutissant à quelques recommandations indigentes (il faut « recruter les meilleurs personnels » et « attirer les meilleurs étudiants ») et à des propositions déjà prévues dans l’ordre du jour. Ces indemnités, dépourvues de fondement légal, ont finalement valu à l’Université de Lyon une condamnation en Justice.

Un an plus tard, fin 2019, les administrateur⋅ices de l’Université de Lyon reçoivent un tableau des marchés de plus de 25 k€ en cours. Cependant, aucune information chiffrée n’est donnée sur les quatre lots des marchés de consulting qui nous intéressent :

En effet, on lit dans l’annonce du marché que « les prestations font l’objet d’accords-cadres à bons de commande passés sans montant minimum ni montant maximum ». Cela signifie que le montant à dépenser n’est pas prédéfini, et que chaque prestation des cabinets fera l’objet d’un bon de commande. En particulier, le chiffre de 900 k€ n’est qu’une estimation du montant du marché, sans aucune valeur contraignante.

Le million qui ne devait pas être public

Ce sont ces bons de commande que nous avons demandés en mai 2020 à l’Université de Lyon, laquelle a refusé de nous les communiquer : l’opacité, comme d’habitude, est la règle. Estimant que ces informations devaient être publiques, nous avons saisi la CADA (Commission d’accès aux documents administratifs) de cette affaire. Celle-ci nous a donné raison le 2 décembre.

C’est donc après plus de six mois de procédures que l’Université de Lyon nous a enfin adressé un tableau récapitulatif des bons de commande signés entre avril 2018 et février 2020 pour les quatre lots du marché :

Le total s’élève à 1,13 M€. En estimant les bons de commande supplémentaires passés entre mars et octobre 2020, ce sont ainsi près d’1,5 M€ de fonds Idex qui ont été dilapidés en consulting depuis le début de ce marché (soit bien plus que les 900 k€ estimés).

Dans un communiqué appelant « messieurs les dirigeants » à démissionner, deux syndicats de l’ENS de Lyon posent la question qui revient systématiquement depuis la révélation de ce chiffre : « combien de contrats de doctorant⋅es ? » C’est en effet une quinzaine de thèses qui auraient pu être financées avec ces fonds, qui auraient aussi pu financer des équipements de recherche, des contrats post-doctoraux, et bien sûr des formations !

Cette gabegie illustre ainsi de manière saisissante l’échec du projet de fusion : prioriser les réformes structurelles sur les politiques de formation et de recherche, préférer écouter des cabinets de conseil sans prêter l’oreille à la parole des personnels et étudiant⋅es, voilà la méthode d’un gigantesque ratage. Sauf pour les cabinets, bien sûr.

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