Les trois universités de la deuxième ville universitaire française ont renouvelé leurs conseils centraux en cette fin d’année, après de nombreux reports dus à la crise sanitaire… ou à des couacs juridiques. Après une longue période où le projet d’université-cible a pris le pas sur toute la politique universitaire locale, le dialogue entre les établissements est à reconstruire pour éviter la balkanisation du site universitaire.

Du côté des élections étudiantes, les tendance nationales semblent se décliner localement : l’UNEF, encore majoritaire aux dernières élections, est doublée sur sa gauche par Solidaires étudiant-e-s et sur sa droite par GAELIS (FAGE), qui poursuit une ascension implacable. Le « virage au centre » de la représentation étudiante se fait ainsi au détriment de la gauche.

Sièges étudiants aux conseils d’administration des trois universités lyonnaises.

À Lyon 3, une page se tourne

Le scrutin en préparation devait être une sorte de référendum sur la fusion, mais le vote négatif de Saint-Étienne et l’arrêt du projet ont tranché la question avant l’élection. La liste d’opposition, déjà favorite, a pleinement tiré profit de cette situation embarrassante pour la liste favorable à un projet qui conditionnait toute sa profession de foi. Forte d’une participation exceptionnelle, la liste « Pour une université démocratique et humaine » arrive largement en tête chez les enseignant⋅es-chercheur⋅euses, au conseil d’administration (rangs A et B) comme dans la plupart des circonscriptions du conseil académique.

Au CA, les sièges des personnels BIATSS sont partagés entre trois listes syndicales, et ceux des étudiant⋅es sont répartis entre :

  • la Corpo (3 sièges, + 1)
  • GAELIS (1 siège, + 1)
  • le MIFA (1 siège, – 1)
  • l’UNEF (1 siège)
  • tandis que l’UNI perd son unique siège.

Éric Carpano, qui se présentait face au successeur désigné de Jacques Comby, Pierre Girard, a logiquement été élu à l’issue du processus électoral. « La nouvelle équipe commencera à travailler dès le 1er janvier 2021 en utilisant toutes les marges de manœuvres existantes pour construire collectivement une nouvelle université conforme aux idéaux et aux valeurs des acteurs qui la composent », déclare-t-il. Le nouveau président devra rassurer une communauté meurtrie par les tensions des dernières années, et s’engage déjà sur cette position rassembleuse. Mais il lui faudra sans doute aussi se défaire de sa figure d’opposant à l’extérieur de l’université, dans un dialogue nouveau avec les établissements qui ont soutenu la fusion…

À Lyon 1, les étudiant⋅es réélisent Fleury

Le suspense n’en finissait plus : alors que les élections des enseignant⋅es-chercheur⋅euses et des personnels étaient terminées depuis février, l’annulation des élections étudiantes empêchait d’élire un président. Et le moins qu’on puisse dire est que le sortant Frédéric Fleury, nommé administrateur provisoire en attendant mieux, trépignait d’impatience…

Les étudiant⋅es ont finalement accordé l’ensemble des sièges au conseil d’administration à GAELIS, qui asseoit ainsi son hégémonie sur la plus grosse université lyonnaise. Les divisions et le mode de scrutin (par voie électronique) ont été fatales à l’opposition de gauche, qui perd le siège détenu jusque là par l’UNEF.

L’enjeu autour de ces sièges étudiants était de taille : parmi les sièges des personnels (EC et BIATSS), huit étaient acquis à F. Fleury, et les huit autres à son opposant Bruno Lina… Les sept sièges restants étaient répartis entre GAELIS (4), le CNRS (1), la Métropole (1) et la Région (1), plaçant GAELIS en position de faiseur de roi. Une position qui semble avoir bénéficié à F. Fleury et à ses soutiens lors de l’élection des personnalités extérieures qui complètent le CA, assurant au sortant une large majorité au sein du CA complété. Fort de cette majorité, le généticien a été réélu quelques jours plus tard.

Cette réélection interroge à plusieurs titres. D’abord quant à l’avenir de l’université, alors que la politique du président Fleury a été sévèrement mise en échec par l’arrêt de la fusion — ce qui ne semble pas l’empêcher de se présenter en chef de file d’un nouveau projet de site. Ensuite, parce que la très grande proximité entre l’équipe du président et certains responsables de GAELIS ainsi que la relation de dépendance financière entre l’association et l’université expliquent sans doute son soutien au président sortant. Ce qui ne va pas sans faire grincer des dents, jusque dans les rangs de GAELIS…

À Lyon 2, le travail paye

La présidente sortante, Nathalie Dompnier, défendait son bilan aux commandes de l’université de sciences humaines et sociales, qui avait été écartée du projet de fusion. Une situation plutôt enviable rétrospectivement, puisque la stratégie engagée par la présidente a été majoritairement soutenue : ses soutiens remportent l’ensemble des collèges du conseil d’administration. N. Dompnier devrait donc être réélue à la tête de l’université. Les cartes étant rebattues à l’échelle lyonnaise, peut-être ce second mandat sera-t-il celui de la sortie de l’isolement auquel les autres universités et l’ENS avaient quelque peu contraint Lyon 2…

Du côté des étudiant⋅es, qui élisaient 6 représentant⋅es (au lieu de 4 jusqu’ici), Solidaires étudiant-e-s enregistre une très forte poussée (34 %, 2 sièges) qui récompense une très forte présence aux côtés des étudiant⋅es ces dernières années, sur le thème de la précarité étudiante entre autres. GAELIS (25 %, 2 sièges) arrache un second siège à l’UNEF (21 %, 1 siège) et confirme sa percée dans cette université historiquement à gauche. Enfin, l’UNI obtient un siège grâce au vote des étudiant⋅es de l’Université catholique de Lyon, au terme d’un scrutin marqué par une tambouille interne peu reluisante, certaines têtes de liste ayant été écartés à leur insu des positions éligibles…

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