À une semaine du vote du conseil d’administration de l’ENS (école normale supérieure) de Lyon sur le projet de fusion qui doit l’unir à trois universités, un consultation de ses personnels et étudiant⋅es vient rebattre les cartes. Après trois jours de scrutin qui auront permis de réunir un taux de participation exceptionnel, les organisateur⋅ices ont annoncé de matin que le « non » à la fusion l’emportait dans les trois collèges (étudiant⋅es, personnels enseignant⋅es et chercheur⋅euses, personnels BIATSS). Si cette opposition était attendue, les scores vont bien au-delà de toutes les prévisions.

D’une pétition à une consultation

L’histoire comment au début de l’année : comme nous l’avions relaté, l’inquiétude soulevée par le projet d’université-cible commence à s’étendre au-delà des opposant⋅es « traditionnel⋅les ». Élu⋅es de la liste majoritaire, responsables de départements et chercheur⋅euses influent⋅es du site sciences de l’École commencent à faire entendre des voix discordantes. En mars, cette inquiétude prend forme : un tiers de l’école signe une pétition demandant une consultation sur le projet, afin de faire entendre la voix de la communauté. La réponse de la présidence, un temps repoussée par les urgences du confinement, est finalement négative.

C’est ainsi qu’à la rentrée, un comité comprenant « des enseignant⋅es, chercheur⋅euses, personnels, étudiant⋅es de toutes les sensibilités, élu⋅es ou non » décide de répondre à la pétition et d’organiser cette consultation. Ouverte pendant trois jours du 13 au 15 octobre, une plateforme de vote électronique sécurisé permet aux quelque 2 300 étudiant⋅es, 600 personnels d’enseignement et de recherche et 550 personnels BIATSS de se prononcer sur la question : « souhaitez-vous que les membres du conseil d’administration de l’ENS de Lyon approuvent les statuts de l’Université-cible ? »

Résultats attendus chez les étudiant⋅es, fragiles chez les BIATSS, tonitruants chez les EC

Les résultats, proclamés en public ce vendredi 16 octobre, sont sans appel :

  • 95,5 % des 1 008 étudiant⋅es consulté⋅es s’opposent au projet ;
  • 87,6 % des 170 personnels BIATSS consulté⋅es s’opposent au projet ;
  • 86,1 % des 397 enseignant⋅es et chercheur⋅euses consulté⋅es s’opposent au projet.

« C’est un vote franc et massif qui s’est exprimé ces trois derniers jours contre la participation au projet d’université- cible. L’ensemble des collèges exprime sa défiance vis à vis d’un projet et d’un mode de gouvernance », écrit le comité d’organisation dans un communiqué de presse.

Les taux de participation sont tout aussi impressionnants : équivalents à ceux des élections au CA chez les BIATSS, ils atteignent le double chez les EC, voire le sextuple (si si, ça existe) chez les étudiant⋅es !

Ces chiffres doivent néanmoins être éclairés. Le score soviétique obtenu par le « non » chez les étudiant⋅es n’est pas surprenant quand on sait l’opposition de longue date qui traverse le milieu étudiant de l’école ; il doit toutefois être relativisé, le système de vote électronique retenu ayant permis à des ancien⋅es élèves de l’école de participer à la consultation et de déplacer le score de quelques unités. Et si le taux de participation des personnels BIATSS peut quant à lui être connu avec exactitude, les esprits tatillons regretteront peut-être qu’il soit un peu faible.

Le chiffre le plus éloquent de cette consultation reste celui des enseignant⋅es et chercheur⋅euses, qui ont participé à près de 50 % (la marge d’erreur étant due au décompte des personnels des EPST), et se sont très majoritairement prononcé⋅es contre le projet alors même que tous les observateurs attendaient un score relativement équilibré.

La suite jeudi prochain ?

Dans son communiqué de presse, le comité d’organisation rappelle que « le résultat du référendum a une fonction claire : il s’agit de donner mandat aux membres du conseil d’administration, qu’iels soient élu·es à l’ENS, ou qu’ iels soient des membres nommé·es. » Il conclut en invitant l’ensemble de ces membres à « respecter la volonté des étudiant·es, enseignant·es-chercheur·euses et personnels de l’École le 22 octobre prochain », date à laquelle il leur faudra se prononcer sur le projet de statuts.

En attendant, de nombreux commentaires se font d’ores et déjà entendre, et évoquent « un camouflet » ou « un désaveu » pour le président Jean-François Pinton, qui n’a pas encore réagi. Le vote n’est pas non plus sans rappeler la consultation menée à l’université Toulouse 2 en 2017, qui avait récolté un score similaire. Suite à un grand mouvement de contestation, la présidence avait alors été démise de ses fonctions par la ministre et la fusion ne s’était pas faite…


Par souci de transparence, nous signalons que plusieurs membres d’Idexit participaient au comité d’organisation de la consultation, à titre strictement individuel.

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