De nouveaux statuts plus protecteurs pour l’université de Saint-Étienne étaient annoncés depuis de longues semaines avec tambours, trompettes, confidences présidentielles et bruits de couloir. Ils ont enfin été publiés le 22 septembre, un mois avant leur examen prévu par les premiers conseils d’administration. L’étude des différences avec la version de février montre des aménagement… modestes. L’objectif semble être de convaincre juste assez de monde à Saint-Étienne pour pouvoir passer en force : les étudiant⋅es et les représentant⋅es du milieu économique, en particulier, semblent faire figure de cibles.

Après la vague d’oppositions, quelques mesurettes

Nous avons longuement chroniqué le véritable soulèvement qui a agité l’université Jean-Monnet de Saint-Étienne (UJM) ces derniers mois, entre la bataille des élections municipales, la démission de la quasi-totalité de l’équipe présidentielle et une cacophonie de prise de positions jusqu’au cœur de l’été. La principale demande des opposant⋅es est simple : que l’UJM puisse garder une relative indépendance dans le futur établissement, à l’instar de l’ENS de Lyon qui conserverait sa personnalité morale et juridique (PMJ).

Début septembre, alors que l’on apprend que le calendrier des votes est assoupli (l’ENS et l’UJM ne voteront que les 22 et 23 octobre au lieu de fin septembre), le bruit commence à courir que le texte qui sera soumis au vote apportera aux universitaires stéphanois⋅es des garanties censées apaiser leur colère. La présidente Michèle Cottier s’exprime dans ce sens dans la presse, et détaille les mesures proposées dans un mail du 17 septembre. Proposition phare : l’établissement s’appellerait « Université de Lyon Saint-Étienne ». La présidente annonce benoitement : « nous avons entendu ici ou là des craintes sur l’avenir de Saint-Étienne : qui peut croire qu’une université dénommée Lyon-Saint-Étienne fasse disparaître une de ses parties essentielles ? »

La « garantie statutaire » accompagnant cette formidable avancée symbolique est double : d’une part le campus stéphanois disposerait d’une « autonomie de gestion » au travers d’un contrat d’objectifs et de moyens (COM) propre, d’autre part le directeur du campus serait « partie intégrante de la gouvernance centrale » du futur établissement. L’inscription de ces dispositions dans le nouveau projet de statuts prête néanmoins à sourire. Concernant le COM, l’innovation juridique tient de la monstruosité : le contrat du campus se superposerait aux contrats des huit pôles, dans ce qu’on imagine mal devenir autre chose qu’un terrible imbroglio juridique et financier. Répétez en chœur : pas une usine à gaz, pas une usine à gaz, pas une usine à gaz… Quant à la représentation de Saint-Étienne dans la gouvernance centrale, elle est quelque peu mesquine :

Le Collectif UJM rappelle en outre que « cette évolution est insignifiante. En effet, le directeur du campus reste nommé par le Président, son rôle reste celui d’un médiateur chargé de mettre en place la politique de l’établissement. »

L’autre nouveauté cosmétique annoncée à cor et à cris concerne les étudiant⋅es, pour qui pas moins de deux nouvelles instances sont créées ! La première est un « congrès étudiant » réunissant l’ensemble des élu⋅es étudiant⋅es de l’université-cible, toutes instances confondues. Censé se réunir une fois par an, ce congrès sera « compétent » sur les études et la vie étudiante, sujets sur lesquels il pourra… « débattre » et « émettre des propositions ». La deuxième instance créée est plus intéressante : il s’agit d’un « bureau des affaires étudiantes » composé d’une douzaine de dignitaires étudiant⋅es réuni⋅es tous les deux mois autour du président, toujours sans compétence concrète. L’opération de séduction vise sans ambiguité les associations étudiantes, à la fois friandes de réunions au sommet et hésitantes quant au projet ces derniers mois (à Saint-Étienne, à Lyon 3).

Juristes, médecins et entreprises : des concessions discrètes mais profondes

D’autres modifications n’ont pas fait l’objet de telles annonces et semblent plus marginales. Elles constituent pourtant les seuls vrais ajustements apportés au projet. Un petit alinéa introduit dans la partie consacrée aux formations de 1er cycle consacre ainsi la capacité des pôles de droit, d’éco-gestion et de médecine à conserver leurs formations de 1er cycle :

S’il n’est toujours pas exclu de voir apparaître un dédoublement de ces formations entre une voie premium (dans le pôle) et une voie discount (dans l’école de 1er cycle), le flou est au moins dissipé quant à l’existence de la première, sujet de crispation depuis toujours entre les disciplines concernées et les porteur⋅euses du projet de fusion.

Mais les grandes gagnantes de ces nouveaux statuts sont les entreprises, qui gagnent un ticket d’entrée dans le futur établissement. Une « commission université-entreprises », bipartite et co-présidée, fait son apparition dans le but de rapprocher les mondes économique et académique. Mais c’est surtout du côté du projet de décret de création de l’université-cible (qui accompagne les statuts) qu’il faut regarder : dans les instances provisoires de l’établissement, le MEDEF, la CPME et la CCI ont désormais chacune un siège au conseil d’établissement (et donc au conseil d’administration) ! Et il serait surprenant que cela ne soit pas reproduit lors de la constitution des instances définitives : il ne faudrait pas vexer les partenaires.

Ces manœuvres expliquent d’ailleurs sans doute le revirement desdits partenaires, qui avaient participé à la bronca stéphanoise en juin avant de revenir à la raison début septembre dans un communiqué (du MEDEF, de la CPME et de la CCI, justement) rédigé… depuis Lyon. Le président de la CCI rhodanienne s’était alors fait le porte-voix de la « satisfaction de principe » du MEDEF ligérien, et la présidente de l’université elle-même s’était félicitée de ce que « les milieux économiques [aient] compris les conséquences positives [de la fusion] pour notre territoire ». De toute façon, ils ne semblaient pas avoir tellement le choix de « comprendre » ou non, n’est-ce pas ?

En attendant les votes, tout le monde campe sur ses positions

On l’a compris : mis à part quelques ajustements qui répondent davantage aux inquiétudes des industriels lyonnais qu’à celles des universitaires stéphanois⋅es, les « nouveaux » statuts sont peu ou prou la copie conforme des anciens. Pas surprenant, dès lors, que le Collectif UJM se soit fendu d’un communiqué réitérant sa demande d’une conservation de la personnalité morale et juridique de l’université Jean-Monnet : « les avancées mentionnées par la Présidente n’effacent en rien le problème majeur sur lequel nous alertons depuis des mois ». Alors que le CA de l’université doit se réunir le 28 septembre pour un débat préalable au vote du 23 octobre, le collectif rappelle aussi que la présidente avait promis un élargissement de la discussion ; l’enjeu n’est pas d’acquérir le seul CA à sa cause, mais de convaincre la communauté…

Les opposant⋅es ne sont pas les seul⋅es à maintenir la pression sur Michèle Cottier : interrogée à l’Assemblée nationale par le député Régis Juanico, la ministre Frédérique Vidal a renvoyé la présidente et ses homologues à leurs responsabilités : « S’ils décident de ne plus tenir les engagements qu’ils ont pris devant le jury international, eh bien ils perdront les financements de l’Idex, voilà ! (…) Je serais totalement navrée que Lyon et Saint-Étienne n’apparaissent pas sur la carte des meilleurs sites universitaires de France. Je serais navrée qu’ils ne puissent pas bénéficier de cette visibilité. Mais, une fois de plus, je respecterai complètement la capacité ou pas des établissements, à tenir les engagements qu’ils ont eux-mêmes pris. » En somme, une belle leçon d’autonomie des universités : vous êtes responsables… de faire ce que je demande. De quoi annoncer un mois de débats particulièrement sereins d’ici les premiers votes.

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