Devant l’intensité croissante de la polémique autour du projet de fusion des universités ces dernières semaines, à Saint-Étienne en particulier, nous avions rédigé une première synthèse. Une semaine plus tard, il fallait déjà en publier une seconde, alors que la controverse entrait avec fracas au sein même de l’université Jean-Monnet (UJM). Depuis, le feu est ininterrompu, et il ne se passe pas une journée sans que de nouveaux arguments soient échangés entre les défenseurs de la fusion et ceux qu’elle laisse sceptiques de plus ou moins longue date. Face à cette explosion du débat public autour de l’université-cible, nous essayons de recenser jour après jour (heure après heure ?) les prises de position des deux bords.

Jeudi 6 août

Le monde de l’entreprise soutient l’Idex

[pro] Dans un communiqué commun relayé par Le Progrès et par TL7, les CCI, Medef et CPME du Rhône et de la Loire affirment que « la labellisation IDEX est une opportunité majeure pour les Métropoles de Lyon et de Saint-Étienne », ceci « sans exclure les questions posées par la massification des étudiants et leur professionnalisation et en s’appuyant sur les forces et en respectant les identités et les spécificités des territoires de Lyon et de Saint-Etienne ». Les organisation signataires « renouvellent leur soutien à la Présidente et aux Présidents des quatre établissements impliqués dans le processus de construction de l’Université-Cible ». C’est à n’y rien comprendre : le 30 juin dernier (voir ci-dessous), les représentants du Medef et de la CPME de la Loire s’opposaient au projet de fusion. Faut-il croire que leurs homologues lyonnais⋅es leur ont fait entendre raison et les ont invités à signer un communiqué commun ?

Dimanche 2 août

La FASEE exprime sa « déception »

[anti] La fédération stéphanoise de la FAGE (première organisation étudiante au niveau national et au sein de l’UJM), longtemps soutien de poids du projet de fusion, annonce dans un communiqué que « nombre de ses limites restent franchies » par le projet de statuts et qu’elle « ne pourra que se positionner contre » celui-ci. Elle porte ainsi à 16 (sur 34) le nombre des administrateur⋅ices de l’UJM s’étant publiquement opposé⋅es au texte. « Malgré les demandes répétées de la FASEE ainsi que notre expertise sur ce sujet, les étudiants n’ont pas suffisamment été impliqués, ne permettant pas le déroulement d’un processus démocratique sain », ajoute l’organisation, regrettant le franchissement de trois lignes rouges : la perte d’autonomie de l’UJM, la diminution de la représentation étudiante, le manque d’ambition sur le 1er cycle. Trois éléments qui faisaient partie du projet depuis plusieurs années…

Mardi 28 juillet

Le député Juanico s’adresse à nouveau la ministre

[anti] Après plusieurs interventions à l’Assemblée nationale, le député de la Loire R. Juanico (Génération⋅s) se tourne à nouveau vers F. Vidal, à qui il adresse un courrier pour lui demander d’organiser « un temps d’échange associant l’ensemble des élus locaux et les parlementaires de la Loire et du Rhône, afin que nous puissions, ensemble, poser les bases d’une alternative solide et crédible à la fusion ». Rappelant que de telles alternatives existent et que le projet de fusion suscite « des oppositions de plus en plus vives et nombreuses, y compris dans le Rhône », le député estime que « seul un dialogue poussé et constructif, au-delà des seules sphères universitaires, nous permettra de sortir de cette impasse » : « rien ne serait pire qu’un passage “au forceps” », affirme le courrier.

Mardi 21 juillet

Communiqué syndical : « les débats ont déjà eu lieu »

[anti] Les syndicats FO 42 ESR et CGT FERC Sup Loire publient aujourd’hui un nouveau communiqué où ils « se félicitent de l’ensemble des prises de positions [des dernières semaines] » mais « regrettent que la présidente de l’UJM persiste à ne pas vouloir prendre en compte cette opposition généralisée ». Qualifiant de « simulacre de démocratie » son projet de convoquer un CA destiné au débat, les syndicats rétorquent que « les débats ont déjà eu lieu, chacun est bien informé du projet et très conscient qu’il ne comporte pas les garanties académiques, les garanties en termes de démocratie interne, les garanties concernant les droits des personnels, qui permettraient d’assurer un avenir acceptable pour la vie universitaire à Saint-Étienne ».

Lundi 20 juillet

Une lettre ouverte du « Collectif UJM »

[anti] Le collectif constitué autour des démissionnaires de la présidence de l’UJM, aujourd’hui fort de plusieurs centaines de membres, écrit une lettre ouverte à la présidente Michèle Cottier. Revenant sur une analyse publiée il y a une semaine (« St-Étienne et les statuts de l’université-cible en 10 questions »), le collectif demande à M. Cottier de se positionner en réponse. Il revient aussi sur l’argument financier selon lequel l’Idex représenterait un apport indispensable : selon les membres du collectif, cet apport correspondrait à 0,8 % du budget de l’UJM. « Au regard de l’insécurité structurelle que représente le projet de statuts pour l’Établissement, la question financière parait bien secondaire », déduisent-ils. Répondant également aux demandes de la présidente, qui souhaitait les voir présenter un projet alternatif, ils argumentent que « la méthode et le fond sont indissociables » et qu’ils « ne peuvent envisager d’aborder ce sujet sans permettre à la communauté universitaire stéphanoise, dans un premier temps, et l’ensemble des acteurs concernés, dans un second temps, de s’exprimer ». Ils rappellent qu’ils souhaitent mettre à profit l’ordonnance « regroupements » pour conserver la personnalité morale et juridique de l’UJM, et envisagent un projet où les collaborations seraient renforcées avec tous les établissements du site, y compris ceux qui ne participent plus à l’université-cible.

Vendredi 17 juillet

Le barreau de Saint-Étienne s’oppose à la fusion

[anti] Le site de L’Essor relaie aujourd’hui un communiqué du barreau de Saint-Étienne, qui apporte son soutien au « Collectif UJM » et émet « le voeu qu’une solution collective émerge afin de préserver les intérêts du site stéphanois ». (Nous n’avons obtenu de copie du communiqué à ce jour.)

Jeudi 16 juillet

L’Ordre des médecins « émet la plus grande réserve »

[anti] Le conseil département de l’Ordre des médecins prend à son tour position dans un vœu voté le 9 juillet et publié aujourd’hui. « L’absence de proposition stéphanoise de la fixation du nombre d’étudiants en médecine, d’internes et de postes de PU-PH, ainsi que la perte de maîtrise sur la formation, auraient une répercussion irrémédiable sur la démographie médicale et l’offre de soins dans le département de la Loire, déjà grandement fragilisées », écrit le conseil, qui avait préalablement entendu M. Cottier (présidente de l’UJM, porteuse du projet de fusion) et plusieurs médecins, dont P. Queneau (ancien doyen de la faculté de médecine, opposant au projet).

Le département de Haute-Loire prend position

[anti] Dans une délibération votée la semaine dernière par sa commission permanente et diffusée aujourd’hui, le conseil départemental de Haute-Loire se joint à son voisin ligérien et demande la suspension du processus de fusion. Rappelant « l’importance de l’université Jean Monnet pour un grand nombre d’étudiants originaires de la Haute-Loire qui y suivent leur cursus universitaire » ainsi que le rôle joué par le CHU de Saint-Étienne, le département souhaite que « les statuts soient modifiés pour prendre en compte les spécificités de l’Université Jean Monnet » et lui accorder un statut d’établissement-composante similaire à celui qu’aurait l’ENS.

Mercredi 15 juillet

Le département d’informatique de l’UJM vote une motion

[anti] Le département d’informatique de la faculté des Sciences et technologies de l’UJM « souhaite réagir aux derniers événements », dans une motion votée à l’unanimité (moins une abstention). L’informatique occupe une place compliquée dans le projet d’université-cible, rappelle le texte : elle est divisée entre deux des futurs pôles de formation et de recherche. Cela « ne facilite pas le développement de projets académiques ambitieux et cohérents », comme nous le relevions dès 2018. Regrettant « l’absence totale de débat » et exprimant des craintes sur les formations de 1er et 2e cycle, sur les recrutements, et sur la représentation du campus stéphanois dans le futur établissement, le département « demande le maintien de la personnalité morale et juridique de l’UJM ».

H. de Gaudemar : « je ne vois pas comment nous pourrions voter »

[anti] Le doyen de la faculté de droit de l’université Lyon 3, Hervé de Gaudemar, écrit aujourd’hui un long mail aux personnels de la faculté où il revient entre autres sur le projet d’université-cible. Se félicitant de ce que les élections auront finalement lieu avant l’engagement définitif dans la fusion (le président J. Comby souhaitait le contraire), il s’étonne néanmoins du vote « préliminaire » qui aura lieu en septembre, avec le CA sortant. Il regrette également de ne pas être associé à de nouvelles discussions sur les statuts alors que des modifications ont été annoncées afin de satisfaire les nouvelles exigences stéphanoises. « Cela ne fait qu’entretenir la situation d’incertitude dans laquelle nous nous trouvons », écrit-il, constatant que « la fusion envisagée dans le cadre du projet d’établissement expérimental n’a jamais été autant contestée ». Revenant également sur les annulations en cascade de délibérations à l’ENS de Lyon, à l’Université de Lyon et désormais à l’université Lyon 1 (article à venir), il évoque « de nouvelles incertitudes sur la légalité des décisions prises ». « Vraiment, même avec l’esprit d’ouverture et de mesure qui m’a toujours caractérisé, je ne vois pas comment nous pourrions tranquillement nous diriger vers un vote en septembre des statuts arrêtés en février dernier, en ignorant toutes les difficultés qui se posent », poursuit-il, ajoutant : « je veux croire au contraire qu’il peut encore exister un espace de discussion, voire que le ministère reconnaîtra la nécessité de laisser du temps au projet ». Le doyen conclut en affirmant « porter les ambitions d’une université apaisée » : une manière de se positionner pour les élections à l’automne ?

Samedi 11 juillet

SNPTES : « aucune réponse convaincante » de M. Cottier

[anti] Dans un long communiqué, le SNPTES de l’UJM rappelle avoir « mené depuis 2016 des actions dénonçant l’opacité de la mise en œuvre de ce projet, la perte de PMJ (personnalité morale et juridique), des formations à deux vitesses et la faible représentativité des personnels en général ». Il constate une « convergence de revendications » avec le « Collectif UJM ». Face à la demande, exprimée par la présidente M. Cottier en réaction à la création du collectif, de voir ses opposant⋅es proposer un projet alternatif, le syndicat « ne souhaite pas non plus d’un nouveau projet “clé en main”, dans le cadre duquel les personnels — et leurs représentants — n’auraient pas été concertés ». Le SNPTES conclut en affirmant qu’il « ne votera pas ces statuts sans un certain nombre de garanties », parmi lesquelles « le maintien de la personnalité morale et juridique, seul et unique garde-fou de la légitimité de notre site stéphanois ».

Vendredi 10 juillet

S. Riou : « un projet qui dysfonctionne depuis longtemps »

[anti] L’agence de presse NewsTank consacre une longue dépêche à l’opposition stéphanoise au projet de fusion et au « Collectif UJM » constitué autour des vice-président⋅es démissionnaires, dont Stéphane Riou, ancien VP recherche. Rappelant que les membres du collectif, souvent « pionniers dans la coopération avec des établissements lyonnais », sont « crédibles quand [ils parlent] de coopération », l’économiste cite un certain nombre de « gouttes d’eau » qui ont fait déborder le vase d’un projet « qui dysfonctionne depuis longtemps » : l’absence persistante de garanties sur la gouvernance, la rupture par rapport au modèle pluridisciplinaire stéphanois, la perte de partenariats (avec Centrale, l’INSA, Lyon 2…), et plus récemment le courrier comminatoire de la ministre et du SGPI ou encore le revers subi à l’appel SFRI (voir ci-dessous, le 6 juillet). Ce projet SFRI ne serait, selon le VP démissionnaire, « qu’une agrégation d’une quinzaine de projets, à l’image de l’Idex, avec un vrai déficit de portage politique et de vision stratégique ». Il ouvre néanmoins la porte à des modification du projet, mais « s’il est remanié a minima, nous nous y opposerons ».

S. Raynaud (SNPTES) : « ça n’était plus admissible »

[anti] La même dépêche NewsTank rapporte les propos de Stéphanie Raynaud, élue SNPTES au CA de l’UJM, qui soutient le « Collectif UJM » : « Depuis décembre 2016, on a sonné l’alarme. Mais le problème c’est qu’on ne nous a jamais entendus, il n’y a eu aucune prise en compte des remarques. » Revenant sur la naissance d’une opposition, la représentant syndicale explique : « Il n’y a pas eu un message, mais des signaux convergents. En discutant, les gens se sont rendu compte que la somme des problèmes formait un tout qui n’était plus admissible. » Elle ajoute néanmoins : « nous nous tenons disponibles pour construire un nouveau projet ».

Jeudi 9 juillet

L’UMR Triangle demande le retrait de la fusion

[anti] Dans une motion, les membres du laboratoire Triangle « demandent le retrait du projet d’Université-cible et le maintien de l’UJM comme université à part entière ». Les chercheur⋅euses rappellent que, « membres d’un laboratoire situé à Saint-Etienne et à Lyon, ils⋅elles sont déjà fortement impliqué⋅es dans des collaborations scientifiques et pédagogiques » avec Lyon.

L’Idex en débat à l’assemblée plénière de la Région

[pro] [anti] Deux vœux relatifs au projet de fusion étaient déposés à l’assemblée plénière de la région Auvergne-Rhône-Alpes ce 9 juillet. L’un, porté par le groupe socialiste, demande à la présidente et au CA de l’université Jean-Monnet (UJM) de ne pas s’engager sur le projet de statuts actuel et de refuser la perte de la personnalité morale et juridique (PMJ) de l’UJM. L’autre, porté par la majorité du président L. Wauquiez, demande seulement l’association du nom de Saint-Étienne à celui du nouvel établissement, ainsi que des « garanties » pour les formations et la recherche stéphanoises. C’est ce second vœu qui a été adopté, à l’issue d’une intervention du président marquée par de très nombreuses inexactitudes : selon lui, la conservation de la PMJ serait tout simplement illégale (inquiétant pour un ancien ministre de l’enseignement supérieur…) ! Dans un communiqué, les membres du groupe socialiste reprochent à L. Wauquiez d’avoir « réécrit le vœu que [leur groupe] portait afin de ne conserver qu’une existence symbolique de l’UJM. Or, la seule existence véritable et autonome est le maintien d’une personnalité juridique. »

L’UFR SHS « dit son opposition au principe de la fusion »

[anti] « Le conseil rappelle les incertitudes et les menaces qui pèsent sur la place des SHS dans le futur projet, ainsi que sur la pérennité et le maintien des emplois de l’ensemble des personnels actuels », indique le conseil de l’UFR « Sciences humaines et sociales » de l’UJM dans une motion adoptée à l’unanimité. Le texte regrette entre autres que le projet « compromette les liens pédagogiques et scientifiques existant avec l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur lyonnais et stéphanois, y compris l’Université Louis-Lumière Lyon 2 », et demande « qu’une issue démocratique soit trouvée à la crise ».

À l’ENS, les élu⋅es « rappellent la nécessité d’un débat public »

[info] Réuni ce matin dans des circonstances particulières (nous y reviendrons dans un article détaillé), le conseil d’administration de l’ENS de Lyon a été le théâtre d’un débat houleux sur le projet de fusion au terme duquel le président, J.-F. Pinton, a refusé de mettre au vote un texte écrit par l’ensemble des membres élu⋅es de l’instance. Regrettant que « le contexte difficile de rentrée et la brièveté des délais annoncés par le ministère ne permettront pas de tenir le débat que mérite ce projet », le texte demande la publication des statuts définitif qui serons soumis au vote en septembre et « émet le vœu de pouvoir débattre des enjeux académiques et de la vision académique d’ensemble de ce projet ». Enfin, les administrateur⋅irces « rappellent la nécessité d’un débat public, de discussions ouvertes et de consultations les plus larges possibles à l’échelle du site ».

Mercredi 8 juillet

Le « Collectif UJM » répond (encore) à M. Cottier

[anti] Le collectif constitué autour des démissionnaires de l’UJM répond au mail envoyé avant-hier par la présidente de l’université (voir ci-dessous) dans un nouveau communiqué. Il reproche à la présidente ses « procès d’intention » et une attitude « indigne de la part d’un chef d’établissement dont la première des qualités devrait être la culture de l’apaisement ». « Subir autant de démissions collectives devrait logiquement susciter un minimum de remise en cause », argumente le collectif face à la volonté de Michèle Cottier de maintenir son cap coûte que coûte, malgré un dialogue qui aurait été engagé par les futur⋅es démissionnaires dès le 15 juin. Le collectif ajoute que les retombées financières de l’Idex ne resteront un bienfait pour l’UJM que si le maintien d’une personnalité morale et juridique permet de les exploiter directement à Saint-Étienne, seule garantie d’un « modèle de coopération ouvert et équilibré ».

Mardi 7 juillet

Une motion de l’UFR ALL de l’université Jean-Monnet

[anti] Dans une longue motion, l’UFR « Arts, lettres et langues » de l’UJM revient sur les enjeux académiques de la fusion annoncée et « estime, pour les disciplines qui la constituent, que les statuts n’apportent à ce jour aucune garantie quant à la capacité du site de Saint-Étienne à proposer une offre de formation en master diversifiée et à la représentativité durable des enseignants chercheurs et étudiants au sein du [futur] pôle “Sciences et Humanités” ». Le texte, approuvé à l’unanimité, ajoute « [qu’]aucune concertation n’a eu lieu à l’échelle du site à propos des “questions sur les contours académiques” du pôle “Sciences et Humanités” et de l’ “Établissement universitaire de premier cycle” ». L’UFR s’inquiète de son intégration dans un pôle centré sur l’ENS, où la formation « pour la recherche » ne doit pas réduire à la portion congrue les enjeux de professionnalisation. En conclusion, la motion « demande la tenue de débats contradictoires » avec l’ensemble de la communauté de l’université.

La présidente décline une nouvelle invitation à débattre

[info] Selon nos informations, la présidente de l’université de Saint-Étienne, Michèle Cottier, était conviée aujourd’hui à une discussion publique sur la fusion par la direction de la faculté de médecine (dont elle est elle-même issue). Apprenant la présence de son ancien vice-président recherche, devenu depuis sa démission l’un des chefs de file du « Collectif UJM », la présidente aurait renoncé à participer aux discussions. Elle avait pourtant annoncé dans son mail d’hier que « le débat [devait] être encouragé dans l’établissement ».

Lundi 6 juillet

M. Cottier : « mes 3 objectifs prioritaires »

[pro] La présidente de l’UJM écrit un long mail aux étudiant⋅es et personnels de l’établissement, pour y présenter trois « objectifs » : « préserver la démocratie, débattre sereinement du projet, étudier des pistes d’amélioration ». Se présentant comme porteuse de la démocratie universitaire, Michèle Cottier « assumera ses responsabilités de présidente avec la plus grande détermination ». Le projet de fusion fera l’objet d’un débat début septembre auquel participeront les membres du CA ; les modalités de l’association des communautés à ce débat n’est pas précisée. Enfin, l’UJM et ses partenaires « devront trouver les réponses qui permettront de garantir la place » de l’université stéphanoise. Ces évolutions devront intervenir avant septembre, le calendrier étant inchangé.

Un désaveu pour Lyon aux « SFRI » ?

[info] L’État publiait le 1er juillet le résultat de l’appel à projets « Structuration de la formation par la recherche dans les initiatives d’excellence » (SFRI), destiné à accompagner la transformation de l’offre de formation sur les sites dotés d’une Idex. Alors que l’Université de Lyon remporte un franc succès dans un autre appel à projet (IDÉeS), son projet SFRI n’est approuvé que sous réserves. Le « Collectif UJM » réagit à ce résultat et met en cause la politique commune des établissements porteurs (qui sont les mêmes que ceux portant la fusion) : « Le projet global est noté “C”. Avec cette note, c’est à la dernière position du classement national que l’université de Lyon se positionne. C’est un désaveu cinglant qui pointe du doigt le niveau de la stratégie scientifique du projet. » L’Université de Lyon n’a pas réagi, quant à elle.

Vendredi 3 juillet

Communiqué CGT : « se réjouir, quitte à s’étonner »

[anti] Dans un communiqué, le syndicat CGT FERC Sup de l’UJM revient sur les nombreuses oppositions qui ont émergé face au projet de fusion : « la diversité des origines des critiques, et dans une moindre mesure des arguments, la désormais quasi-unanimité, ne laissent plus aucun doute à grand monde sur le fait que ce projet de fusion est mauvais, non amendable et doit donc être abandonné. » Il s’amuse néanmoins de ce que « la seconde version des statuts, celle envoyée à tous par la présidente le 28 février diffère peu de celle qui a failli être adoptée en décembre » avec le soutien des actuels démissionnaires.

B. Bigot (FPUL) : « le dialogue a repris »

[pro] Le président de la Fondation pour l’Université de Lyon (qui regroupe de nombreuses fondations  d’entreprises lyonnaises), impliqué depuis longtemps dans le projet d’Idex, intervient dans une dépêche AEF : « si un ajustement est nécessaire pour rassurer nos amis stéphanois, je ne vois pas de raison que ce ne soit pas fait ». B. Bigot « n’imagine pas » que le projet n’aille pas au terme, s’inscrivant à la suite du conseil d’administration de la FPUL, qui apporte son soutien aux porteur⋅euses de la fusion dans un communiqué de presse. Prudent, le communiqué ajoute : « L’organisation à venir de l’Université-Cible doit s’appuyer sur toutes les compétences [du site] et garantir leur bonne répartition et visibilité sur tous les sites du territoire de Lyon Saint-Étienne. »

Jeudi 2 juillet

Le « Collectif UJM » publie la motion litigieuse de lundi

[anti] « Le collectif que nous représentons souhaitait soumettre au suffrage des administrateurs [une] motion demandant un débat public », rappelle le collectif constitué autour des démissionnaires de la présidence de l’UJM. La motion, qu’il publie aujourd’hui, rappelle que la présidente Michèle Cottier s’était engagée à permettre un « débat collectif n’a jamais eu lieu malgré les alertes répétées au cours des derniers mois », et demande sa tenue lors d’un CA extraordinaire début juillet. Le collectif fait également savoir que, suite à l’incident survenu en CA lundi (voir notre information ci-dessous), il n’a pas souhaité intervenir lors d’un CAc restreint qui se réunissait aujourd’hui.

Le collectif publie également un texte intitulé « Pourquoi maintenant ? » où il revient sur son revirement tardif : « d’un modèle fédéral, à une intégration, puis à une fusion (dont le terme était proscrit pendant plusieurs années), les statuts traduisent aujourd’hui une absorption de l’UJM ! »

Les doyens se joignent aux démissionnaires

[anti] « Je suis scandalisé par ce qui s’est passé au conseil d’administration de lundi, déclare au Progrès Fabice Zeni, doyen de la faculté de médecine de l’UJM (voire notre info ci-dessous). Nous interdire de parler, alors que nous sommes des doyens élus… » Le doyen de la faculté de droit, Baptiste Bonnet, rappelle que les événements des dernières semaines sont « un séisme, une bronca comme il n’en existe jamais dans le monde universitaire », et regrette que « la présidente continue d’avancer sur ce projet comme si de rien n’était ». Les membres du « Collectif UJM » décrivent également « des pressions », ajoutant : « ce n’est pas normal d’avoir la sensation de ne pas pouvoir s’exprimer librement ». Concluant que « tourner la page ferait du bien à tout le monde, il est temps de passer à autre chose », ils annoncent également à France Bleu souhaiter organiser « des Assises » pour bâtir un projet alternatif une fois la fusion évitée.

Mercredi 1er juillet

Une motion du département d’histoire de l’UJM

[anti] Une courte motion du département d’histoire de l’université stéphanoise affirme que « l’Université étant entrée dans une crise de légitimité, il n’est pas possible que
l’équipe présidentielle s’engage dans un processus de longue durée.
»
Le département demande « le retrait du projet d’Université-cible » et « que la crise actuelle trouve une issue démocratique. »

M. Vincent : « big is not beautiful »

[anti] Dans une tribune, l’ancien maire et président de l’UJM réaffirme son opposition à la fusion. « Le projet d’Idex Lyon-Saint-Etienne connait enfin le débat public qu’il mérite », se félicite-t-il, ajoutant : « comment s’étonner qu’un tel projet, une fois réellement expliqué, suscite une très large réprobation ? » Il conclut : « aucun pays étranger n’assimile l’excellence universitaire à la concentration massive, encore moins quand elle est imposée, il serait peut-être utile de se demander pourquoi. »

Mardi 30 juin

Le MEDEF et la CPME de la Loire inquiets et agacés

[anti] Toujours dans Le Progrès, les représentants du monde économique ligérien (qu’on ne taxera de gauchisme) s’agacent : « il est lamentable que les statuts aient été faits sans échange avec le monde économique », fustige B. Fabre (MEDEF). « Le critère devrait être les compéten-ces et le niveau d’excellence, pas le nombre d’étudiants. Pour l’instant, c’est la taille des muscles qui tente de l’emporter et c’est stupide. » D. Villareale (CPME) ajoute : « le départ de Khaled Bouabdallah (voir un rapide portrait dans notre dernier article) inquiète car c’est quelqu’un qui savait faire le lien. Et suite aux élections municipales et la victoire de la liste écologique à la ville de Lyon et à la métropole, la donne a changé. Il est urgent de tout arrêter. »

Le think tank stéphanois Lasaire prévoit « un impact négatif sur l’économie locale »

[anti] Nouvelle page consacrée à l’université dans Le Progrès ce matin, où P. Héritier, fondateur du groupe Lasaire (think tank créé en 1989 et basé à St-Étienne), est formel : « Il faut bloquer pour le 30 septembre. Lasaire demande de suspendre la fusion et on propose un regroupement fédéral. » Il reconnaît pourtant que le groupe participait aux discussions autour du projet avec K. Bouabdallah, président de l’Université de Lyon jusqu’en février. « Mais depuis six mois nous avions de vraies inquiétudes. » Décidément, l’homme providentiel manque… R. Baron, chercheur en informatique au GATE, ajoute : « Les échanges avec Lyon sont déjà une réalité quotidienne. Cela se fait de manière naturelle et est-ce qu’il y a besoin de couler dans le béton ? »

Lundi 29 juin

Clash au CA de l’UJM

[info] Aujourd’hui se réunissait le conseil d’administration de l’UJM, sous haute tension. Trois responsables de composantes (doyens de droit et de médecine, directrice de l’IAE), qui sont habituellement invités au CA, s’y sont présenté⋅es pour demander (avec quelques élu⋅es) la tenue d’un débat contradictoire avec le collectif démissionnaire. La présidente, après avoir voulu leur refuser l’accès à la séance (en raison du contexte sanitaire), les a accepté⋅es mais ne leur a pas accordé la parole. Une motion soumise par une élue, demandant de même à ce que le « Collectif UJM » soit entendu par le CA, ne sera même pas soumise au vote. Des membres du collectif déplorent d’avoir ensuite fait l’objet « d’attaques personnelles en [leur] absence ».

M. Cottier : « l’aboutissement d’un processus débuté en 2011 »

[pro] Dans un entretien à NewsTank, la présidente de l’UJM revient sur la démission de ses vice-président⋅es et se dit « d’autant plus surprise que tout universitaire doit rester attaché au principe démocratique », qui a déjà conduit le CA de l’université à approuver par deux fois le principe de la fusion. Elle regrette également les tensions liées à l’élection municipale : « Cela a laissé penser que la décision concernant l’université cible ne concernait pas seulement les administrateurs, et que tout le monde pouvait faire partie de l’équation. » Comme quoi le « principe démocratique » est souple… Si la présidente n’envisage pas de projet alternatif, des adaptations semblent possibles sur le nom de l’université-cible. « Il nous faut une UJM qui tire le meilleur parti de ce projet », conclut la présidente.

Deux fondateurs de Télécom : « une fuite en avant mortifère »

[anti] Dans un communiqué intitulé « L’université de Saint-Étienne sacrifie son existence contre un plat de lentilles ! », G. Noyel et L. Carraro, qui ont tous deux fondé Télécom St-Étienne avant de mener une carrière de dirigeants universitaires, s’insurgent : « Ce n’est pas en construisant des universités de taille pachydermique qu’on parviendra [à faire évoluer l’ESR français]. Partout, l’économie montre que l’avenir passe par des structures flexibles, en réseau, regroupées sur des projets. La structuration pyramidale, largement reprochée à l’État, ne saurait constituer la panacée pour l’ensemble  universitaire de Saint-Étienne et Lyon. » Rappelant que le financement Idex ne représente que « quelques dizaines de plats de lentilles » par an et par étudiant, ils appellent de leurs vœux un renforcement de la ComUE et de son modèle fédéral.

Le « Collectif UJM » s’agrandit et s’explique

[anti] Dans un communiqué, le collectif constitué autour des 9 démissionnaires du 26 juin annonce trois nouvelles démissions et la création d’un site internet. Il répond également aux « attaques personnelles » de M. Cottier (voir ci-dessous), rappelant : « notre approche doit au contraire permettre ce que la présidente n’a jamais mis en place : un débat indispensable pour éclairer les collègues et les conseils ». Il détaille ensuite un certain nombre de « dérives graves » de la fusion : absence de réflexion sur le 1er cycle, absence de garanties sur la pérennité des masters et des formations professionnelles, mise à mal des forces stéphanoises en ingénierie. « Nous n’abandonnerons pas notre Établissement. Nous n’accepterons pas la perte de la Personnalité Morale et Juridique de l’Université de Saint-Etienne dans un contexte où les statuts n’apportent aucune garantie pour conserver une ambition académique », conclue-t-il.

J.-M. Catin décrit « un projet ingérable »

[anti] Sur son blog Universités 2024, l’ancien rédacteur en chef d’AEF et fin observateur de la vie universitaire consacre un billet à notre site : « Lyon-St-Étienne : tirer les leçons d’un échec ». Il écrit que « le meccano institutionnel s’est écrasé contre le mur des réalités », et que le projet lyonnais et stéphanois « est en quelque sorte une expression chimiquement pure des errements du système français et des réformes engagées depuis plus de 20 ans, combinés à un contexte local spécifique ». Et de conclure : « aujourd’hui il faut bien l’admettre : il est temps de siffler la fin du match et repartir sur d’autres bases. »

Un « Message important de la Présidente »

[pro] C’est ainsi que s’intitule le mail que M. Cottier envoie aux étudiant⋅es et personnels de l’UJM ce matin. Elle évoque « de nombreuses perturbations politico-médiatiques qui tentent d’influencer les décisions [du] conseil d’administration » et estime que les démissions de vendredi « ajoutent à la confusion ». Si la présidente « reste bien-sûr à l’écoute de l’inquiétude exprimée », elle rappelle que « seul le conseil d’administration peut prendre une décision [de fusion] », qu’ « il aura à se prononcer sur les statuts et [qu’]il n’est pas envisageable qu’il en aille autrement. (…) C’est la condition non-négociable de l’exercice de la démocratie universitaire au sens où nous l’entendons tous. » Tous ?

Dimanche 28 juin

Le vétéran C. Forestier au secours de l’Idex

[pro] Dans une tribune évoquée par Le Progrès le 28 juin et publiée par NewsTank le 29 juin, l’éphémère président de l’UJM Christian Forestier (parti dès 1981 mener une carrière d’apparatchik universitaire toujours en cours) affirme : « un Stéxit des stéphanois serait suicidaire ». Ce serait « en somme une opération perdant-perdant mais dont le prix à payer sera forcément plus élevé pour Saint-Étienne que pour Lyon », car l’Idex est « la chance pour Saint-Étienne de jouer dans la cour des grandes universités à l’échelle mondiale et ainsi d’assurer son avenir universitaire ». « Je sais parfaitement ce que m’a apporté l’Université de Saint-Étienne », écrit C. Forestier, mais il s’agit désormais pour lui « de franchir une nouvelle étape en embrassant l’avenir plutôt qu’en regardant dans le rétroviseur ». Comme si l’UJM ne pouvait plus apporter à d’autres ce qu’elle lui a apporté ?

À Lyon et à St-Étienne, les municipales consacrent des listes opposées à la fusion

[anti] À Lyon, l’union de la gauche et des écologistes menée par Grégory Doucet (mairie) et Bruno Bernard (métropole) emporte l’élection haut la main. À Saint-Étienne, c’est le maire sortant Gaël Perdriau qui est reconduit. Alors que les premiers avaient signé une charte proposée par nos élu⋅es, qui les engage entre autres à « refuser la constitution d’une “université-cible” dans la forme actuellement proposée », le second a manifesté pendant toute la campagne municipale son refus de voir disparaitre l’UJM.

Michèle Cottier : « ne pas céder à la facilité »

[pro] La présidente donne une nouvelle interview au Progrèselle répond aux démissionnaires : « c’est un projet qui nécessite du courage et une force de caractère marquée, car les négociations sont tendues. Il faut résister et tenir le cap. Il ne faut pas céder à la facilité d’abandonner. » À bon entendeur ! Pour le reste, « la question du nom devrait pouvoir se régler », mais « la fusion fait partie du projet ». La présidente exclut également de démissionner comme de s’en remettre à un référendum : « Un référendum est compliqué à organiser. Il faut une méthodologie sérieuse. Je pense qu’il a eu lieu au moment de mon élection à la présidence de l’université. »

Samedi 27 juin

Communiqué syndical FO ESR 42

[anti] Dans un communiqué, le syndicat FO de l’UJM rappelle l’opposition de responsables politiques à la fusion, et « se félicite » de la démission de 9 membres du cabinet de M. Cottier. « En outre FO ESR 42 s’est toujours opposé à ce projet de fusion dans toutes les instances, en particulier en comité technique, où des motions unanimes ont été votées à l’initiative de ses représentants pour s’opposer au projet, demander son abandon et le maintien de l’UJM en tant qu’Université de plein droit. » Le syndicat appelle également la présidente comme les démissionnaires à « prendre [leurs] responsabilités ».

Lettre ouverte de B. Moine, soutien de M. Cottier

[pro] Dans une lettre ouvert aux enseignant⋅es-chercheur⋅es de rang B de l’UJM, qu’il représente au CA sur la liste présidentielle, Bertrand Moine estime que « nous avons une base de travail très positive (Campus spécifique, nomination d’un Directeur de Campus, financements recherche via l’IDEX) ». « Peut-être existe-t-il un plan B qui pourrait permettre à l’UJM de garder la tête haute et d’éviter un avenir du type collège technologique délivrant surtout des bachelors et des licences pro », ironise-t-il. Il importe, conclut-il, que le choix de la fusion « soit démocratique, discuté, partagé et non préempté par un groupe de collègues qui sont soit réellement inquiets soit nostalgiques d’une époque résolument révolue ».

Vendredi 26 juin

Communiqué syndical CGT

[anti] Apprenant la démission survenue dans l’après-midi, le syndicat CGT de l’UJM envoie un communiqué par mail où il rappelle que « jusqu’alors, les personnels critiques du processus de fusion étaient souvent qualifiés, au choix, de militants radicalisés, de syndicalistes obtus, de mauvais chercheurs, voire simplement de râleurs impénitents » alors que les démissionnaires sont issus « du cœur même du groupe dirigeant de l’UJM ». Appelant les membres du nouveau « Collectif UJM » à se faire « plus explicites et précis » dans leurs positions, il considère qu’il serait « proprement scandaleux que dans ses prochains votes, le CA vote majoritairement pour l’Université cible alors que la grande majorité du personnel est opposée à ce projet. »

Le département de la Loire demande le report des votes

[anti] Dans un vœu voté à l’unanimité, le conseil départemental de la Loire demande à la ministre F. Vidal et aux administrateur⋅ices de l’UJM de « surseoir à l’approbation des statuts portant création de l’Université de Lyon. Ils doivent être modifiés dans un délai raisonnable, pour prendre en compte les spécificités de l’UJM et conserver son autonomie. » Le vœu insiste sur de nombreux éléments, et en particulier qu’il « est inconcevable que les activités de la Faculté de médecine, reconnue pour son excellence universitaire et la qualité de l’enseignement de ses quelques 140 professeurs universitaires, puissent disparaitre. Assurant le rayonnement de notre CHU, la place de nos PU-PH, de nos chercheurs, et de nos scientifiques dans la Loire doit être préservée. »

Neuf démissions à la présidence de l’UJM

[anti] Ça, on en a parlé dans un précédent article. 😉

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