La détonation risque de retentir pendant plusieurs semaines : huit vice-président⋅es de l’université Jean-Monnet de St-Étienne (UJM), dont les trois vice-présidents centraux, annoncent aujourd’hui leur démission. Avec un collectif de dirigeant⋅es de l’université (chargé⋅es de mission, responsables de composantes ou d’unités), ils considèrent « que le projet d’Université-Cible, que certains d’entre nous ont porté, met en danger, aujourd’hui, notre établissement et notre capacité à porter une ambition académique sur le site de Lyon-Saint-Étienne. » Alors que la sauvegarde de l’université stéphanoise était au centre de la campagne des municipales, où elle a fait l’objet d’inquiétudes unanimes, la présidente Michèle Cottier se retrouve seule à porter un projet de fusion dont tout le monde, à Saint-Étienne, perçoit désormais l’absurdité.

La fusion, au cœur des derniers jours de campagne aux municipales

Les passes d’armes ont été nombreuses ces dernières semaines entre Gaël Perdriau, maire sortant (LR) longtemps favorable à l’Idex récemment inquiété par la disparition de l’UJM, et son opposant Pierrick Courbon (PS), héritier de l’ancien maire et président de l’UJM Maurice Vincent, tous deux opposés à la fusion. La liste de P. Courbon est d’ailleurs signataire de la charte pour l’Université de service public que nous avions publiée avant le 1er tour.

Dernier épisode d’une campagne âprement disputée, mercredi : les deux candidats se sont affrontés lors d’un débat sur les ondes de France Bleu, et sont revenus sur leurs positions respectives quant à la disparition de l’UJM.

Tous les coups sont permis, quitte à transiger un peu avec la vérité : ainsi le maire Perdriau revendique-t-il d’avoir provoqué la suspension du vote des statuts par son intervention du 6 décembre… alors même que cette suspension a été annoncée la veille, le 5 décembre.

Bouabdallah parti, le château de cartes s’effondre

Dans une bataille politique et médiatique qui mêle pas moins de quatre anciens présidents de l’université et deux maires de la ville, chacun tente également de réécrire l’histoire en imputant à l’autre d’avoir consenti à l’annexion par les universités lyonnaises. Ainsi en va-t-il à nouveau de G. Perdriau, affirmant que M. Vincent a lancé le processus ; faux, rappelle l’intéressé, et pour cause : c’est Khaled Bouabdallah, président de l’UJM (2007-2015) puis de l’Université de Lyon (2013-2020), qui est le grand artisan du rapprochement avec Lyon.

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Les étapes du rapprochement entre l’UJM et Lyon : Khaled Bouabdallah, initiateur d’une dynamique

Cet homme de réseaux, tant dans l’enseignement supérieur (il a accompli plusieurs mandats comme vice-président de la Conférence des présidents d’université) que dans le tissu économique local (il était pendant longtemps vice-président de la Fondation pour l’Université de Lyon, qui regroupe nombre de puissants industriels rhônalpins), fait figure de « parrain » dans le milieu universitaire lyonnais et stéphanois. S’il a souvent été épinglé pour sa politique « parfois brutale », pour les pratiques illégales répétées de « sa » ComUE ou pour quelques malversations financières, K. Bouabdallah était le chef d’orchestre incontesté de l’Université de Lyon et du projet de fusion. Et pour cause : mieux valait rester dans ses bonnes grâces, comme un adversaire malheureux en faisait l’expérience lors de sa réélection.

À Saint-Étienne tout particulièrement, l’enfant du pays parti à la conquête de la capitale des Gaules est vu par beaucoup comme une garantie : avec un tel homme à la barre de l’Idex, l’UJM sera bien défendue. Saint-Étienne Métropole et la Région le soutiennent sans réserve ; et lorsqu’il est contraint, non-cumul des mandats oblige, de lâcher la présidence de l’UJM, sa dauphine Michèle Cottier est élue haut la main.

Mais en février dernier, surprise : le président de la ComUE est nommé recteur délégué alors même que tout le monde lui promettait la présidence de l’université-cible. Une exfiltration peu glorieuse alors même que le mythe d’une fusion sans dégâts vole en éclats à Saint-Étienne. Brutalement les inquiétudes s’emballent, dans la presse comme dans les positions des responsables politiques. Privée de son mentor, Michèle Cottier essuie également la défection du maire, les critiques de la gauche stéphanoise, l’empressement de la presse locale. Et là où son prédécesseur travaillait à ménager les sensibilités, la présidente envoie balader le maire dans la presse : « Cette demande ne correspond pas aux textes. (…) La demande de Gaël Perdriau n’est donc pas recevable. »

La panique gagne les troupes de la présidente

Nous terminions notre précédent article sur l’UJM en évoquant le calme relatif qui régnait à l’intérieur de l’université, alors que la tempête se déchainait à l’extérieur. Un calme qui ne rend que plus saisissante la secousse qui a eu lieu aujourd’hui : 8 vice-président⋅es de l’UJM, dont ceux chargés de la formation, de la recherche et du CA, annoncent leur démission dans un texte que nous avons révélé.

« Nous considérons que le projet d’Université-Cible, que certains d’entre nous ont porté, met en danger, aujourd’hui, notre établissement et notre capacité à porter une ambition académique sur le site de Lyon-Saint-Étienne », annoncent-ils, ajoutant : « force est de constater que ce projet est un échec. » Les démissionnaires, autour desquel⋅les s’est constitué un collectif, affirment avoir « tenté de convaincre la Présidente de renoncer à ce projet. Nous lui avons proposé d’être à ses côtés pour l’accompagner dans la formulation d’une nouvelle ambition, dans l’intérêt de nos étudiantes et étudiants et de notre territoire, ambition résolument tournée vers l’ensemble de nos partenaires lyonnais et stéphanois. » Ils annoncent par ailleurs qu’ils reviendront prochainement en détail sur leurs motivations.

La gifle est d’autant plus cuisante que les signataires faisaient partie, pour la plupart, du comité de soutien de la liste portée par Michèle Cottier lors de sa réélection, à l’automne dernier. Elle parachève un semestre où la présidente a perdu l’ensemble de ses soutiens, alors même que la fusion doit être votée avant le 30 septembre. Un tel coup de force est-il encore possible en l’état ? N’est-ce pas l’incident de trop pour un projet qui s’éternise depuis huit ans, et a déjà laissé sept établissements en chemin ? Nous le saurons bien assez tôt, mais il est d’ores et déjà clair que nos mises en gardes répétées quant aux conséquences potentiellement désastreuses des passages en force répétés de nos présidences trouvent ici une confirmation retentissante.

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