Hier avait lieu l’élection de la présidente de l’université de Saint-Étienne, qui a consacré pour la deuxième fois Michèle Cottier. Entre la présidente sortante et son adversaire Jean-François Brun, deux modèles d’enseignement supérieur s’affrontaient.

L’élection était courue d’avance. Par le jeu des primes majoritaires lors du renouvellement du CA du 17 octobre, les listes favorables à la fusion dans une grande Université de Lyon avaient remporté :

  • les 8 sièges du collège A (100 % des voix, une seule liste déposée),
  • 5 des 8 sièges du collège B (50,5 % des voix),
  • 3 des 4 sièges du collège BIATSS (62,2 % des voix),
  • 4 des 6 sièges étudiants (61,7 % des voix).

La réélection de Michèle Cottier était donc assurée, ce qui ne retire pas à ce processus électoral son intérêt : il met en scène l’opposition entre deux visions de l’enseignement supérieur.

Face à la présidente sortante, récemment épinglée par la Cour des comptes pour une affaire de primes illégalement perçues, un candidat défend « le besoin d’une université autonome à Saint-Étienne », alors que l’UJM s’apprête à fêter ses cinquante ans : Jean-François Brun, maître de conférences en histoire, ancien doyen de la faculté de SHS et ancien directeur de laboratoire. Il rejoint en cela Maurice Vincent, ancien président de l’université, qui avait pris position contre la fusion dans un courrier du 26 octobre.

Dans une longue déclaration, le candidat d’opposition liste tout d’abord les arguments qui le conduisent à s’opposer à la fusion.

  1. La communauté universitaire stéphanoise ne sera plus maîtresse de son destin dans un établissement tentaculaire où ne lui serait dévolu qu’un « conseil de campus », pas plus que n’en sera maîtresse la communauté universitaire de tout le site : le CA contiendra une majorité d’extérieurs. « Mais n’est-ce pas le but recherché ? »
  2. La création de l’École universitaire de 1er cycle, qui « peut se comprendre comme une séparation des masters et du premier cycle », déséquilibre la logique des formations et fait peser de nombreuses inquiétudes sur le sort des enseignant⋅es qui y seront affecté⋅es.
  3. L’Idex, qui n’accroît pas significativement les ressources des établissements, accroît une dynamique de concentration des fonds à travers les appels à projets.
  4. La fusion n’apporte pas de dynamiques de collaboration — elles existent —, elle se propose surtout de les encadrer institutionnellement. Est-ce nécessaire ?
  5. Le statut dérogatoire de l’établissement public qui sera créé pourrait permettre de modifier le statut des personnels, qui n’ont pourtant pas été consultés.
  6. L’UJM actuelle accueille une proportion de boursier⋅es nettement supérieure à la moyenne nationale, et a un bassin de recrutement essentiellement local. Les exemples d’autres fusions (Lorraine) ou de dispositifs locaux (lettres classiques partagées avec Lyon) laissent craindre que l’effet d’attraction de Lyon sur les formations stéphanoises mette à mal leur action de service public à destination de tou⋅tes.

« S’opposer à la fusion n’est pas un choix passéiste ou nostalgique, c’est
au contraire un choix raisonné pour un autre modèle de développement territorial
», conclut-il. Saint-Étienne (comme Grenoble ou Chambéry, qui ne participent pas à la fusion) occupe une place singulière dans la région, qui l’amène à collaborer étroitement avec Lyon comme « métropole d’équilibre », non comme « périphérie ».

« Pourquoi ne pas continuer sur notre lancée, en restant nous-mêmes et en continuant à devenir, en simple association avec Lyon, un pôle d’excellence ? Ce serait là un véritable choix progressiste, pour lequel il n’est pas besoin de disparaître. » Choix que n’ont pas retenu les administrateur⋅trices de l’université, choisissant par 27 voix contre 5 (et 1 abstention) de réélire Michèle Cottier.


La profession de foi de M. Cottier ne nous étant pas parvenue, nous ne sommes pas en mesure de la joindre à cet article.

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