En juin dernier, les instances des établissements participant au projet d’université-cible étaient appelées à se prononcer sur un « document d’orientation stratégique » (DOS). Les instances représentatives des personnels et des étudiant⋅es s’étaient massivement opposées au document, qui avait malgré tout emporté l’approbation des instances décisionnelles… à l’exception du CA de l’INSA, qui avait préféré se retirer du projet dans un tardif élan de sagesse.

Début juillet, un « point d’étape » annonçait une révision du DOS : c’est chose faite, avec la publication d’un « DOS2 » le 20 septembre. Cherchons les différences.

En ingénierie, on recolle les miettes

Après le départ de l’INSA, autour de laquelle s’articulait le pôle ingénierie, tout est à reconstruire. Des documents issus du groupe de travail chargé de reconstituer le pôle et que nous avions publiés fin juillet faisaient état de négociations avec Centrale :

Mais à peine plus d’un mois plus tard, le groupe de travail produisait un premier texte présentant le nouveau pôle, où l’absence de Centrale acte l’échec de ces négociations estivales. Désormais composé de deux sous-pôles issus de Lyon 1 (dont Polytech) et de Saint-Étienne (dont Télécom), ainsi que de CPE comme établissement associé, le pôle se double de graduate schools censées assurer une cohérence à cette juxtaposition des différents débris de feu le pôle ingénierie du premier DOS. La complexité ne s’arrête pas là, et le nombre d’instances prévues (pour à peine plus de 6000 étudiant⋅es !) donne une nouvelle fois une idée de l’incapacité des différentes parties en présence à se mettre d’accord pour travailler en commun :

Le nouveau DOS précise à deux reprises la possibilité pour de nouveaux établissements de s’associer à l’université-cible : peut-être la promesse d’un deuxième tour de négociation pour l’entrée de nouvelles écoles d’ingénieur ?

Une démocratie sujette à l’érosion

Si dans l’ensemble quasiment rien ne change d’un DOS à l’autre, quelques détails varient tout de même ; et il est (guère) amusant de constater que plusieurs de ces détails concernent la démocratie dans des instances déjà peu démocratiques de prime abord.

Ainsi, le nombre de membres élus des conseils de pôle est désormais borné à au plus 55 % (de même, il y aura au plus 20 % d’étudiant⋅es, au plus 20 % de personnels BIATSS, mais… au moins 25 % d’extérieur⋅es). Le siège du CA de l’université-cible qui revenait au président de l’INSA est quant à lui confié à un⋅e représentant⋅e du monde économique.

Mais c’est surtout au niveau de la direction des pôles qu’un subtil changement apparaît. Voyez de vous-mêmes : la phrase « les pôles sont dirigés par un directeur dont la désignation est approuvée par le président de l’université-cible » devient « les pôles sont dirigés par un directeur désigné par le président de l’université-cible ». La disposition originelle nous avait été présentée comme un « garde-fou », pour éviter que les pôles se choisissent des directeurs trop problématiques ; il faut croire que ce n’était pas suffisant, et qu’il fallait concentrer encore plus de pouvoir dans les mains de la présidence centrale — qui devrait, se murmure-t-il, tomber dans l’escarcelle du très démocrate Khaled Bouabdallah.

À propos de démocratie : tout le monde attend encore les consultations annoncées début juillet… À bon entendeur.

Des garanties pour l’ENS

Comment l’ENS, désormais seul établissement-composante au milieu d’un immense magma universitaire en recomposition, va-t-elle tirer son épingle du jeu ? C’était la principale question qui restait à résoudre, et à laquelle ce DOS2 répond avec la création d’un « bureau ». À côté du ComEx (réunissant grosso modo la gouvernance centrale et les directeurs de pôles), ce bureau regroupe le président de l’université-cible, ses vice-présidents, et… le président de l’ENS.

Loin d’être une énième instance-fantôme, il est un important organe exécutif : « ce Bureau, qui se réunit de façon hebdomadaire, assiste le président dans la direction exécutive et le pilotage de l’université ». Mais surtout, il « joue un rôle essentiel dans la définition du budget et la stratégie de ressources, déclinée et suivie dans les contrats d’objectifs et de moyens ». L’ENS gagne donc un accès privilégié à la définition de la politique budgétaire globale.

Si ce bureau semblait informellement prévu depuis plus longtemps, le voilà officialisé et soumis au vote des établissements. Jean-François Pinton, président de l’ENS, avance même sur AEF : « il s’agissait d’un oubli dans la première version du DOS ». Une maladresse qui tombe à pic…


Les votes sur le DOS2 ont commencé : nous tenons à jour les résultats des différents votes.

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