Des 12 établissements participant initialement à l’Idex, il n’en reste que 4. L’unité fragile du « G7 », mise à mal par la défection d’Éric Maurincomme, peine à convaincre alors que les positions des établissements divergent toujours autant. Petit tour d’horizon des échanges de boules puantes.


Mise à jour du 3 juillet : Dans un mail reçu aujourd’hui, les administrateur⋅trices de l’ENS apprennent que « le retrait de l’INSA, suite au vote de son conseil d’administration, entraîne des modifications structurelles du projet qui ne permettent pas de voter en l’état ce document d’orientation stratégique ». Le point à l’ordre du jour du CA du 11 juillet est transformé en « point d’étape ».


Dans les universités, des votes et des réserves

Les trois universités (Lyon 1, Lyon 3, Jean Monnet) étaient les premières à se prononcer sur le DOS, qu’elles ont toutes les trois approuvé avec des majorités variables mais avec un égal désintérêt pour les avis des instances consultatives.

Si Lyon 1 et Saint-Étienne ont voté avec une large majorité, ce n’est pas le cas de Lyon 3 qui devait composer, entre autres, avec une opposition unanime des juristes. Plus inquiétant peut-être, le DOS a été adopté malgré l’opposition des 6 représentant⋅es étudiant⋅es, quelles que soient leurs sensibilités : peut-on vraiment se passer ainsi de l’adhésion des étudiant⋅es de l’université ? Dans un communiqué, le MIFA rappelle son inquiétude quant à la représentativité des instances de l’université-cible, et au maintien de la cohérence entre les différents cycles universitaires.

À Lyon 1, le CA n’a voté massivement le DOS que parce qu’il a été assorti d’un certain nombre de conditions, rédigées sur la proposition du CAc, et que le président Fleury est chargé de faire intégrer à la rédaction des statuts. Ces conditions sont les suivantes :

  1. Les personnalités extérieures du CA ne doivent pas pouvoir donner de procuration.
  2. L’ensemble des licences actuelles du site doivent être opérées par l’EU1C, ce qui n’empêche pas les pôles de développer de nouveaux parcours (sélectifs).
  3. Les étudiant⋅es doivent être représenté⋅es à hauteur d’au moins 25 % dans les conseils de pôles.
  4. Les directeur⋅trices des pôles doivent être désigné⋅es parmi une liste de personnalités proposée par le pôle. Ce fonctionnement doit être adapté, mais néanmoins appliqué, à la désignation du directeur de l’INSA et du président de l’ENS.

Que dira Lyon 3 de la deuxième condition ? Que pensera l’ENS de la quatrième ?

L’INSA claque la porte et Maurincomme règle ses comptes

Quand à l’INSA, elle a donc voté contre le DOS en précipitation (pour des questions de quorum paraît-il, mais il était aussi question d’une reprise en main anticipée par la tutelle…) au terme d’un long feuilleton. La motion votée veut tout et rien dire :

Le Conseil d’administration, dans sa séance du 27 juin 2019, n’a pas approuvé les grandes orientations et les règles de fonctionnement du nouvel établissement définies par le Document d’Orientation Stratégique (DOS) de l’Université-cible.

Le Conseil d’administration soutient néanmoins la création de l’Université-Cible avec laquelle l’INSA collaborera.

L’INSA Lyon est convaincu du potentiel du site, au travers de ses laboratoires, ses formations, ses structures collaboratives et ses filiales de valorisation, pour bâtir un pôle ingénierie fort.

L’INSA de Lyon reste tout à fait disposé et volontaire pour s’impliquer et soutenir un projet ambitieux en termes de recherche et de formation.

Les choses sont plus claires à la lecture d’une longue interview accordée hier par Éric Maurincomme, directeur démissionnaire de l’INSA, à NewsTank : « l’INSA Lyon ne fera pas partie de l’université cible ».

« Nous n’avons pas produit quelque chose d’enthousiasmant, qui aurait pu emporter l’adhésion de nos administrateurs. Nous avons péché en termes de méthode et de tempo — et je m’inclus évidemment dedans. Nous n’avons pas su associer les communautés au processus. Le vote du CA de l’Insa, à deux tiers défavorable, est en tout cas à l’image de ce qu’a exprimé notre communauté à travers la consultation organisée la semaine passée », ajoute le directeur dans un entretien à AEF.

Maurincomme rappelle à NewsTank son attachement à un scénario « à la grenobloise » d’un regroupement des écoles d’ingénieur du site, qui n’a clairement pas abouti : l’ENISE, Centrale, l’ENTPE entre autres restent en-dehors du projet, où l’ingénierie est d’ailleurs scindée entre deux pôles. Pas difficile, dès lors, d’ironiser sur l’état du projet : « Nous étions déjà passés de 11 partenaires à cinq. Il aurait déjà fallu donner une solide explication. Il manquait des écoles et une université. L’Insa était un peu seule comme école d’ingénieurs. Notre départ n’est pas le plus difficile à argumenter. »

Il faut dire que tout le monde n’était pas si motivé que ça à l’idée d’une absorption par l’INSA — pensons seulement à Polytech, qui elle n’a pas le choix, et renâcle à cette idée. Le BREI avait d’ailleurs alerté quant à la place des écoles d’ingénieurs dans l’université-cible.

Le boulets rouges sont aussi de sortie, à l’égard de l’incapacité du G7 à discuter ou des pressions de la Région sur les établissements ; lors d’un discours d’adieu cet après-midi, la bonne ambiance atteint un comble :

On m’a beaucoup reproché de vous avoir annoncé ma démission en premier, mais c’est bien à vous que je voulais le faire d’abord et pas à ceux qui ensuite ont été particulièrement malveillants et lâches. (…)

Je me félicite du vote du CA. (…) L’Université-Cible ne nous a rien apporté et ne nous aurait rien apporté. [propos rapportés]

L’ENS face à un dilemme

« Avec trois universités, c’est déjà une grosse structuration. Si l’ENS s’intègre, en plus, c’est un bonus. Mais le départ de l’Insa n’est pas un drame », ajoute Maurincomme dans NewsTank comme pour suggérer à l’ENS d’emboîter le pas à l’INSA. Il rappelle l’imprécision du DOS sur les clauses de sortie pour un établissement-composante, la possibilité que la décision revienne à l’université-cible plutôt qu’à l’établissement, et les « scénarii anxiogènes » possibles pour l’INSA… et donc pour l’ENS, où le sujet n’est pas moins sensible. D’autant plus que le départ de l’INSA rompt l’équilibre voulu entre universités et écoles, et fait de l’ENS le seul établissement-composante dans un contexte législatif qui met aujourd’hui en danger la pérennité de ces établissements, comme le rappelle DTUL à la suite d’échanges avec l’Université de Lyon et la Région.

Deux réunions préparatoires au CA du 11 juillet sont d’ores et déjà convoquées, le 4 juillet (avec les élu⋅es du CA) et le 9 juillet (avec les élu⋅es du CA et les directeur⋅trices des départements et des laboratoires). Et des premières annonces ont eu lieu cet après-midi, en Conseil des directeur⋅trices de département : il n’est « pas sûr qu’on vote le DOS » au CA la semaine prochaine, étant « la seule école dans un groupe d’universités ».

En attendant, la panique est totale : un projet doit être envoyé au jury Idex le 12 juillet, mais le DOS est rendu en partie caduc par le départ de l’INSA ; si « le calendrier 2020 pourrait ne pas être touché, (…) toute la séquence qui y mène pourrait être revue. » Et l’on peine à croire qu’il soit encore temps de convaincre le jury, l’Idex devant de toute façon être interrompue en cas de « mise en cause du caractère collectif du Projet » ou d’« incapacité de l’Établissement porteur à mener le Projet selon les modalités prévues initialement » (convention avec l’ANR, décembre 2017).

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