Jeudi 11 avril, à l’initiative d’étudiants de l’université Lyon 3 Jean Moulin, le président Jacques Comby faisait face à quelques 400 étudiant⋅es venu⋅es lui poser leurs questions sur la fusion à venir. L’occasion, pour lui, d’une petite démonstration d’éloquence en bras de chemise, mais une occasion un peu ratée pour qui venait chercher des réponses aux principaux problèmes posés par la création de l’université-cible pour les étudiant⋅es de Lyon 3…

Rassurer, jusqu’au paternalisme

Dès le départ, Jacques Comby donne le ton : « Ce n’est pas un débat, je n’ai pas de « droits de réponse » : je suis ici pour répondre à des questions, c’est tout ! » Histoire de montrer, en coupant la parole, qui est le chef.

Sur nombre de questions, le président se montre ainsi alternativement rassurant et paternaliste. En particulier la question centrale : quelle représentation étudiante y aura-t-il dans les conseils centraux du futur établissement ? Occupez-vous donc des conseils de pôle, c’est là que se jouera ce qui vous concerne… Quant aux conseils de composante, chaque composante fera ce qu’elle veut, bien sûr.

On nous dépeint ainsi une nouvelle université faite comme un lieu de rencontres libéré des contingences administratives (insérer ici une étonnante anecdote brésilienne), où les moyens accrus de l’Idex ruisselleront sur les plus excellent⋅es — et il va sans dire qu’à chaque nouvelles inquiétudes sur une formation, la formation concernée appartient aux rangs bénis de l’excellence. Ce faisant, Jacques Comby oublie de répondre à une question cruciale : si l’essentiel de l’argent apporté par l’Idex est consommé par la structuration de l’université-cible, et si des moyens supplémentaires (issus des dotations propres des établissements, donc) sont versés sur quelques-un⋅es, qu’adviendra-t-il des autres ?

À nouveau, le mensonge fondamental des Idex (il y aura plus d’argent) fait son office.

En droit, fausses réponses pour une fausse question

La dernière intervention de l’UNI, copieusement applaudie par la salle, fait état d’une autre inquiétude : « Nous avons choisi cette université parce qu’elle s’appelait Lyon 3, pas Saint-Étienne. Nous avons choisi une marque qui signe la valeur de notre diplôme. Pourquoi supprimer cette marque ? » En bref, aurons-nous vraiment le même diplôme que les Stéphanois ?

Au-delà du mépris qu’elle dénote, la question nous semble sans fondement : on voit mal comment les diplômes de droit lyonnais perdraient de la « valeur », d’autant plus qu’ils sont défendus par une faculté de droit peu habituée à se laisser faire.

Le président Comby reste d’ailleurs équivoque quant à la possibilité de distinguer les diplômes lyonnais et stéphanois : « Aujourd’hui, sur votre diplôme, il y a écrit Lyon 3, fac de droit ? Eh bien, par la suite il y aura écrit université de Lyon, fac de droit ! », puis : « Oui, sans doute, faculté de droit de Lyon, enfin qu’est-ce que vous voulez, vous ? (…) D’ailleurs il y a de l’existant à Saint-Étienne, ils sont légitimes à garder une marque Saint-Étienne. »

Ce que personne n’évoque, c’est l’articulation des formations de premier cycle (y compris celles de droit) avec le « CU1C », Collège universitaire de 1er cycle : quelles formations y seront, quelles formations seront opérées par les pôles ? La rumeur insistante auprès des étudiant⋅es juristes selon laquelle une formation élitiste (dans le pôle) coexisterait avec une formation au rabais (dans le CU1C) n’a pas été démentie.

Le spectre de l’ENS reste dans l’ombre

L’enfumage s’intensifie concernant les lettres, les langues, la philosophie, les SHS : que deviendront les facultés actuelles ? « C’est à vous de me le dire ! » Tout est à construire, semble dire le président, et tout ce qui sera construit le sera avec les étudiant⋅es.

Étonnant quand on connait la présentation du futur pôle Sciences et Humanités donnée à l’ENS, qui fait apparaître un découpage en départements, des regroupements en « programmes gradués », des instances de décision claires, etc. Jacques Comby évoque seulement avec prudence la difficulté à conserver le nom de « facultés » et le statut d’UFR.

De même, les discussions sur la direction du pôle sont assez ironiques quand on sait que le directeur du pôle S&H « sera évidemment le président de l’ENS », des mots d’un proche de la présidence de l’ENS.

En conclusion : nos questions à Jacques Comby

À la fin des discussions, nombre des questions envoyées par les personnes présentes restaient en suspens, faute de temps ou de bonne volonté. Les organisateurs ont annoncé la publication de ces questions, qui pourront donc trouver une réponse ultérieure.

Nous leur adressons donc, ainsi qu’au président Jacques Comby, les interrogations qui nous semblent au cœur des discussions de ce jeudi 11 avril, avec l’espoir qu’elles puissent trouver un éclairage rapide. Vous trouverez notre courrier ci-joint.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s