Avec près d’un an de retard, le projet d’Université-cible fait ses premiers pas sur la planche glissante qui l’amènera à se doter d’une nouvelle organisation des études de premier cycle, avec la mise en place du groupe de travail (GdT) tant attendu, et dont nous nous sommes procuré les « éléments de cadrage » (en attendant un lancement prévu le 14 janvier).

Les rédacteurs du document ne reculent pas devant les envolées (« l’Université Cible a pour vocation d’être le creuset où sont produits des savoirs, des savoir-faire et des innovations ; le lieu de leur rayonnement et de leur transmission au service des nouvelles générations pour répondre aux défis actuels et à venir »), mais proposent surtout un « cadrage » très concret — et non moins contraignant.

Quatre voies d’accès

Le document isole désormais clairement quatre voies d’accès à l’Université :

  • les DUT, « opérés par les IUT », désormais intégrés à l’« école supérieure de technologie »,
  • des licences professionnelles, « articulées » aux IUT et au pôle STS et « dimensionnées au marché de l’emploi » ;
  • des licences sélectives « à forte exigence académique », directement intégrées aux pôles (et naturellement tournées vers la poursuite d’études) ;
  • les autres licences (lesquelles ?), y compris certaines licences « transversales », qui formeront le fameux Collège universitaire de 1er cycle (CU1C pour les intimes).

Capture du 2018-12-28 14-16-33

On pourra s’amuser de l’épaisseur des flèches, mais l’amusement laisse vite place à une certaine inquiétude face à l’absence de vision dont ce découpage artificiel semble nimbé : nous attendons toujours qu’on nous convainque que ce CU1C et ses licences (à ce jour plus fourre-tout que transversales) sera autre chose qu’une voie de garage pour étudiant⋅es issu⋅es de la massification, un cache-sexe de vingt ou trente mille étudiant⋅es pudiquement aligné⋅es devant le triste spectacle de la faillite universitaire.

Le tout est évidemment habillé du mantra de la réussite, cuisiné à toutes les sauces depuis un an et demi, avec son pendant l’échec : « les chiffres sont connus : c’est en moyenne un étudiant sur trois qui abandonne sa licence dès la première année ». La première question que devrait se poser ce GdT est de définir enfin cette fameuse réussite : foin de chiffres muets et galvaudés, qu’est-ce que l’Université qualifie de réussite pour ses étudiant⋅es ?

Un groupe de travail pour un travail de légitimation

Les interrogations sont nombreuses (nous avions déjà relayé celles, très légitimes, de deux facultés de Lyon 3), et l’on voudrait croire que le GdT soit justement là pour y répondre ; ce serait sans compter l’étroitesse de ce cadrage… Près d’un point sur deux de la « liste non exhaustive » de « sujets qui peuvent/doivent être abordés » commence par « comment » : la question n’est plus depuis longtemps de savoir ce dont veulent les universitaires et les étudiant⋅es, mais bien de savoir comment mettre en place des réformes décidées par d’autres.

Ainsi le document suggère-t-il à plusieurs reprises que le travail consistera à harmoniser la structure prévue dans la cadre de l’université-cible avec les dispositifs prévus par le projet NCU « Cursus+ » ; à ce sujet, nous renvoyons à une précédente analyse, qui nous semble grandement réactualisée par ce nouveau texte.

On est aussi en droit de s’interroger sur l’exclusion des licences « académiques sélectives » du périmètre de réflexion du GdT : l’idée est-elle de penser une offre cohérente, ou de légitimer un découpage satisfaisant les intérêts politiques et disciplinaires des ténors de l’université-cible ?

Une couche de plus dans le millefeuille

Au passage, un certain nombre de structures seront créées :

  • le fameux CU1C, muni d’un directeur ;
  • un comité de coordination du 1er cycle étendu aux autres formations de 1er cycle, à notre sens l’un des rares points encourageants de ce dispositif s’il se voit attribuer des prérogatives et des moyens qui lui permettent de penser une interdisciplinarité qui dépasse l’effet d’annonce.

Le CU1C délivrera ses diplômes (comment ? et est-ce déjà le premier ver dans le fruit de la signature unique des diplômes ?). Il sera bien sûr muni d’une administration propre. Mais promis : « le CU1C, au départ, n’a aucun enseignant ou enseignant-chercheur rattaché » ! Celles et ceux qui craignent une dissociation entre des enseignant⋅es de premier cycle et des enseignant⋅es excellent⋅es de second cycle sauront, à n’en pas douter, se rassurer de ce « au départ ».

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