Les contours du découpage de la future université-cible en 8 « pôles » avaient été dévoilés en CA à Lyon 1 et à Lyon 3 fin juin. Lors d’une grande restitution des travaux des « pré-groupes de travail » ce 3 juillet, ces contours ont été annoncés publiquement. Petit décryptage de la liste des pôles et de la conduite très opaque de ces travaux.

Le gâteau sera réparti en huit parts

Le support de la présentation du 3 juillet (laquelle était réservée à quelques happy few auxquels nous n’avons pas eu la chance d’appartenir), diffusé par 4 des 5 présidents dans la journée dans un mail commun (Éric Maurincomme s’étant contenté de déposer discrètement les documents sur l’intranet de l’INSA), précise donc le futur découpage.

Petite précision sémantique avant de passer au détail : ces pôles configurateurs sont, nous dit-on, amenés à évoluer, et sont donc à distinguer des composantes telles qu’elles seront stabilisées en 2030. Autant dire que ces composantes sont aujourd’hui très théoriques, et que le terme de « pôle » désigne exactement ce qu’hier nous appelions « composante » — à cela près qu’on y introduit l’idée qu’ils sont amenés à évoluer, comme tout le reste d’ailleurs. Bref, ne nous inquiétons pas, le flou est sous contrôle.

Et venons-en à notre découpage :

  1. Biosciences et sciences pharmaceutiques. La biologie et la biochimie rejoindraient la pharmacie, laquelle n’est pas unanimement ravie (voir un article ultérieur).
  2. Droit. Aucune surprise ici, l’indépendance du droit conditionnant la bonne volonté de Lyon 3.
  3. Disciplines fondamentales. Et voilà l’une des grosses absurdités de ce projet : toutes les disciplines « fondamentales » de Lyon 1, Lyon 3 et Saint-Étienne (mathématiques, sciences physiques, lettres, langues, sciences humaines et sociales) seraient regroupées dans un pôle où se trouverait également l’ENS.
    Il y a fort à craindre que la domination de l’ENS, déjà très marquée en termes de prestige, et surtout de budget, soit fortement accentuée par cette réorganisation !
    Par ailleurs, on note l’absence remarquée de l’informatique, qui ne serait pas assez fondamentale (voir un article à venir sur ce point), et les incertitudes quant à l’Histoire stéphanoise et à la géographie de Lyon 3. Ces trois disciplines (ainsi que la biologie, déjà citée) se trouveraient donc écartelées entre leur partie « fondamentale » (à l’ENS) et une partie plus appliquée, dans des pôles séparés ?
  4. Économie, gestion, management. Rien d’étonnant ; à voir, néanmoins, comment s’organisera le rapprochement des instituts concernés.
  5. Ingénierie. Autour de l’INSA se retrouveraient deux écoles (Télécom Saint-Étienne et Polytech Lyon 1) et des morceaux des facs des sciences et technologies de Saint-Étienne et Lyon 1.
    Comment seront distribuées les responsabilités ? Des propos qu’on nous a rapportés, J. Comby annonçait fin juin : « Monsieur Maurincomme a pour rêve un grand ensemble d’ingénierie centré sur l’INSA », doit-on en déduire que ce rêve n’est pas voué à se réaliser ?
  6. Sciences médicales. Aucune surprise à nouveau : la médecine, comme le droit, est depuis longtemps assurée de conserver son indépendance — voire de l’accroître.
  7. Éducation, cultures et société. La volonté de faire de Lyon le centre national des études autour de l’éducation est nette, et manifestement partagée au niveau national. Un hic subsiste : le gros des sciences de l’éducation est porté par Lyon 2, qui a été exclue de l’université-cible…
    La place des STAPS, assez inquiètes de leur sort au cours des derniers mois, est également à suivre.
  8. Sciences, technologie et société. Les IUT seraient regroupés, et seraient rejoints par un certain nombre de « morceaux » d’universités à préciser.

Quelles que soient les reconfigurations, la méthode reste identique

Nous laissons bien sûr les premier⋅es concerné⋅es donner leur avis sur le sort de leur composante, de leur discipline, de leur établissement. Mais il ne sera pas dur de s’accorder sur le fait que la méthode de conduite de ce projet d’université-cible est hautement problématique, quoiqu’en dise un premier transparent tonitruant affirmant « une réelle mobilisation de la communauté ».

Il n’est pas normal que ce découpage, prévu depuis plusieurs semaines si l’on en croit les fuites successives dans différentes instances (et qui n’ont de fuites que le nom, car il faut plutôt y lire une volonté de certains présidents de prendre leurs collègues de vitesse, ou de réticences desdits collègues à parler à leurs propres instances), ne soit rendu officiel qu’aujourd’hui. A fortiori quand « aujourd’hui » est un 3 juillet, période peu propice à ce que ces sujets soient discutés abondamment dans les établissements…

Nous faire croire que le découpage serait la réponse au questionnement des groupes de travail Théodule lancés en mars est également consternant d’hypocrisie. Les questions soulevées par ces groupes (« clarification des notions de pôle et de composante », « périmètre des pôles », « coordination des 1er cycles », « modes de gouvernance », etc., etc.) sont éloquents de vacuité : ils reprennent les questions que tous les acteurs de ce projet, qu’ils en soient les porteurs ou les opposants, martèlent depuis plus de deux ans : était-ce vraiment la peine de réfléchir pendant trois mois pour ce résultat ? Ou bien ces pré-groupes n’ont-ils eu d’autre vocation que de permettre de gagner du temps ?

Et les espoirs d’un changement de méthode sont maigres, tant ce projet se construit sur la méfiance depuis de longs mois. La prochaine étape en est, encore une fois, symptomatique.

Et maintenant ?

Les pré-groupes ayant travaillé, place aux (vrais) groupes ! Un groupe de travail par pôle sera mis en place, pour trois réunions d’ici octobre — calendrier que plusieurs chefs d’établissement voient déjà comme intenable, vacances estivales obligent.

Un groupe de travail supplémentaire sera consacré au 1er cycle : le projet d’institut centralisant les formations de premier cycle reste d’actualité*.

La confiance étant comme toujours de mise, les membres de groupes de travail devront être approuvés par les chefs d’établissement et le CoPil de l’Idex. Leur composition sera stabilisée dès le 13 juillet**.

Enfin, ces groupes se concentreront sur les aspects académiques de la formation des pôles, ce qui nous semble regrettable : la question de l’organisation politique du futur établissement et de ses composantes, qui doit être fixée en février 2019, ne sera-t-elle pas discutée avec la communauté universitaire ? Ce calendrier soulève notre plus vive inquiétude, car les enjeux académiques pourront se développer sur le temps long, mais l’organisation formelle du mastodonte en gestation conditionnera l’essentiel de son fonctionnement et gagnerait à être abordée suffisamment à l’avance.

À moins qu’elle ne fasse l’objet de « travaux complémentaires qui pourront être conduits en parallèle (…) de ce cycle de travail » ? En effet, d’autres discussions, plus silencieuses, ont déjà cours sur d’autres sujets, comme les futures fusions de services qui font déjà l’objet de réunions entre DGS, centrées sur :

  • les directions des affaires financières,
  • les directions des ressources humaines,
  • les directions des systèmes informatiques,
  • les inscriptions pédagogiques et les services de scolarité.

 


 

(*) Note du 12 juillet : Dans une communication sur l’intranet de l’ENS de Lyon, le directeur de l’Idex J.-F. Pinson déclare :

L’ENS de Lyon est un acteur clé du Pôle « Disciplines fondamentales ». (…) Il faut noter qu’au sein de l’Université-Cible 2020, ce sera un Pôle de taille modeste qui rassemble environ 10% des étudiants continuant leurs études après la licence (une gestion transversale est envisagée pour les formations de licence).

(**) Et nous ne saurions trop vous encourager à la réclamer à votre chef d’établissement une fois cette date passée.

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