Les différends entre la mobilisation étudiante et la présidence de l’université Lyon 2, pourtant toutes deux fermement opposées à la loi ORE, semblent de plus en plus insolubles — et l’Idex ne s’en porte que mieux.

Côté étudiant, les partiels en ligne de mire

Depuis le début de la mobilisation à Lyon 2 — début un peu tardif par rapport au mouvement national, mais immédiatement assez massif — l’université est partiellement bloquée, et son occupation a été confirmée par plusieurs votes en Assemblée générale. Deux actions de la présidence sont néanmoins sous le feu des critiques étudiantes.

Tout d’abord, alors que la première occupation avait immédiatement été accompagnée de l’ouverture d’un dialogue entre occupant⋅es et présidence, mais s’était rapidement terminée d’un commun accord à la suite d’un incident, il n’en a pas été de même pour la réoccupation : la police, intervenant à la demande de la présidence, a rapidement (et violemment) expulsé les occupant⋅es le 13 avril. Rapidement, ces derniers condamnent en bloc l’attitude de la présidence dans un communiqué (version longue sur Facebook) :

En clair, la présidence déclare pompeusement qu’elle assurera « le principe fondamental de libre accès à l’enseignement supérieur, sans aucune forme de sélection »… tant… qu’il y aura de la place ! Dès que les étudiant.es se feraient trop nombreux.ses, c’est-à-dire que le nombre de places proposées serait trop faible, la sélection sera donc mise en place. (…)

Enfin, la Présidence n’a pas honte de justifier l’évacuation de l’occupation pour des raisons de sécurité, quand c’est précisement cette évacuation qui a exposé les étudiant.es à des situations de violences et d’insécurité.

Et alors que plusieurs syndicats s’élèvent contre cette intervention, l’occupation reprend, de jour seulement. L’université est partiellement bloquée (les services administratifs continuent à fonctionner), et l’objectif des étudiants est assumé : empêcher les partiels de se tenir. Un deuxième point de crispation avec la présidence…

Celle-ci répète en effet, dans un mail du 26 avril, son attachement à la tenue des examens :

Suite à un précédent message sur les évaluations, nous demandons aux équipes enseignantes de communiquer le plus rapidement et le plus précisément possible à l’attention des étudiant.es les modalités retenues dans le cadre du contrôle continu, notamment lorsque des épreuves doivent être remplacées par d’autres travaux. (…)

Nous rappelons enfin que la session d’examens terminaux se déroulera comme prévu à partir du 14 mai. La tenue des enseignements de la plus grande partie du semestre (10,5 semaines sur les 12 que compte le semestre) ne remet pas en cause la possibilité de procéder à une évaluation, garantie de la valeur des diplômes délivrés par l’Université publique.

La mobilisation étudiante, de son côté, reproche à la présidence de chercher à casser le mouvement, et exige que les étudiant⋅es soient libéré⋅es des examens en vue de massifier le mouvement. Ils condamnent également, dans un communiqué du même jour, l’organisation d’examens par certains de leurs enseignants.

La présidence ne veut pas être la cible de la mobilisation

Depuis le début du mouvement, pas une semaine sans sa série de communications de la présidence de Lyon 2, qui fait face à plusieurs fronts.

Celui des étudiant⋅es, déjà évoqué, mais aussi ses opposants politiques dans et hors de l’établissement. À l’intérieur, les élus d’opposition (soutiens de l’ex-présidence Mayaud, qui rongent leur frein en attendant les prochaines élections) commencent à remuer, reprochant à la présidence de soutenir le blocage. Et si la mobilisation « anti-blocage » reste très faible chez les étudiants, elle n’est pas à négliger du côté du corps enseignant.

Et à l’extérieur, le « club de 5 » de l’Idex continue tranquillement la construction de son université-cible et prend sans doute comme une bénédiction la situation dans laquelle se trouve Lyon 2 : l’établissement réaffirmé comme « fac de gauchistes » auprès de la tutelle, et la présidente Nathalie Dompnier, opposée à la vision portée par l’Idex, bousculée par ses étudiant⋅es. Ces oppositions apparaissent dans la presse : tandis que K. Bouabdallah, M. Cottier et F. Fleury sont signataires de la tribune pro-sélection publiée dans Le Monde, N. Dompnier est l’une des six chefs d’établissement prenant position contre la politique du Gouvernement.

Plusieurs vice-présidents de Lyon 2, et enseignants proches de la présidence, reprochent également au mouvement de se limiter au seul établissement du site qui ne marche pas dans les clous tracés par l’État, et pointent du doigts les étudiant⋅es des autres établissements qui se mobilisent à Lyon 2 plutôt que dans leur université, ou leur école. Un mail du 29 avril résume les positions de l’équipe présidentielle :

Une partie des étudiant.es ainsi que des personnels conteste une réforme, la loi ORE (Orientation et Réussite des Etudiants) et sa mise en œuvre à marche forcée, qui pose la question essentielle de l’orientation des lycéen.nes, mais qui comporte aussi des risques de restriction de l’accès des bachelier.es aux études supérieures, n’offre pas les conditions d’un travail qualitatif et individualisé pour mieux conseiller les lycéen.nes dans leur choix et ne garantit pas non plus les moyens humains et financiers nécessaires à l’accueil de tou.tes et à l’accompagnement spécifique de celles et ceux qui en ont besoin. (…)

Notre position ne comporte aucune ambiguïté. (…) Nous avons souhaité traduire localement cette position, [qui] passe par :

  1. La nécessité de se positionner sur la loi ORE à travers la proposition présentée en CFVU de ne pas classer les vœux des bachelier.es dans 10 portails sur 14 (adoptée en CFVU le 27/04/2018) ;
  2. La volonté de défendre l’accès de tou.tes les bachelier.es à notre université, quel que soit le type de baccalauréat, pour celles et ceux qui en ont émis le vœu, avec le plus d’équité possible ;
  3. La volonté, afin de ne pas exténuer ou éteindre cette mobilisation, car chacun.e doit être libre de s’exprimer à l’égard de cette loi, de laisser des moyens et des espaces de discussion ouverts à tou.tes ;
  4. Le souci de défendre au mieux nos étudiant.es et la valeur de leurs diplômes dans un contexte national où ils/elles ne trouveront que peu de compréhension des autres établissements si nous validons le semestre sans évaluation ;
  5. La nécessité de défendre la place et le rôle de notre établissement sur le site de Lyon-Saint-Etienne, où doit pouvoir s’affirmer une université de Sciences Humaines et Sociales ouverte, forte et riche de sa diversité.

Nous espérons que cette volonté de penser la complexité ne sera pas réduite à une reformulation binaire. Il serait dommageable que la contestation d’une réforme nationale mette en difficulté le seul établissement du site lyonnais portant une vision critique des évolutions actuelles de l’Enseignement supérieur et de la recherche.

Nous réaffirmons notre volonté de maintenir un dialogue avec les étudiant.es et personnels mobilisé.es dans un esprit aussi constructif que responsable, en leur donnant les conditions de poursuite de leurs débats et de leurs actions, dans le respect de la liberté de tou.tes de se former et d’étudier. Nous réaffirmons la nécessité que les services administratifs puissent continuer à travailler, car il en va de la mise en paiement des salaires des personnels, de la signature des conventions de tou.tes nos étudiant.es en stage, du devenir des étudiant.es en mobilité, de l’organisation de la prochaine rentrée, du recrutement de nos futur.es enseignant.es-chercheur.es ou encore de la diffusion de la recherche. Nous réaffirmons aussi l’importance de la tenue des examens et de la mise en place de modalités de contrôle des connaissances adaptées, au bénéfice de tou.tes les étudiant.es qui souhaitent légitimement obtenir leur diplôme et valoriser les apprentissages effectués tout au long de cette année.

Ce mail est appuyé dès le lendemain par une tribune de quelques 80 enseignant⋅es de l’établissement :

Nous exigeons à notre tour l’ouverture de négociations d’ampleur afin de neutraliser les effets les plus délétères de la loi ORE sur l’accueil des futur·es étudiant·es. Nous soutiendrons les initiatives des responsables et des instances élues de notre université qui iront dans ce sens.

Et pour la suite ?

La situation est d’autant plus complexe que les arguments des uns et des autres sont valables :

  • Si le mouvement étudiant se limite à des occupations et à une posture revendicative, il sera sans effet sur la politique gouvernementale. Le blocage, et en particulier celui des examens, semble alors être le seul levier mettant suffisamment en danger le bon fonctionnement du système universitaire pour être efficace.
  • À l’inverse, si seuls les examens de l’université Lyon 2 sont mis à mal, elle court le risque de se voir répondre que c’est là le prix à payer pour ses prises de position, et sa sympathie pour le mouvement — ce qui mettrait en cause la crédibilité de la principale université de SHS lyonnaise dans un moment où elle vient d’être mise à l’écart par les autres établissements du site.

Et si les avis sont partagés, y compris au sein du collectif Idexit, un début de solution se trouve dans les mots agacés de plusieurs enseignants de Lyon 2 qui suggéraient « d’aller plutôt occuper l’ENS » : quel que soit le mouvement interne à Lyon 2, la mobilisation lyonnaise contre la sélection ne saurait en tout cas se limiter à un seul établissement.

Nous le répétons depuis plusieurs mois : de la loi ORE jusqu’à l’Idex, les attaques contre l’enseignement supérieur et la recherche participent toutes d’un même mouvement, et ceux qui promeuvent l’Idex sont aussi les défenseurs de la sélection. Une raison de plus pour porter la contestation chez ceux-ci ! Ce qui commence à être le cas, puisque la mobilisation s’installe à Lyon 1, et qu’un cortège de l’ENS et de l’INSA a été aperçu pour la première fois dans la manifestation du 1er mai. À suivre…

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