À quel jeu le directeur de l’INSA joue-t-il ?

L’INSA de Lyon fait partie des cinq établissements directement engagés dans la création de l’Université-cible — création dont la trajectoire et désormais encadrée par une Feuille de route, qui a été soumise aux instances de l’UdL et des établissements en question. Tous les établissements ? Non… À Villeurbanne, une école d’ingénieurs semble vouloir faire bande à part au sein du « club des 5 ».

Entre les prises de position internes, les positions affichées dans la presse, les propos en CA et la politique menée, les incohérences sont nombreuses dans les attitudes du directeur de l’école, Éric Maurincomme. Détaillons un peu ce savant brouillard.

En interne, un contexte propice à la méfiance

Outre les restructurations du site, l’INSA est occupée à réviser ses statuts. Deux mesures sont particulièrement problématiques :

  • La modifications de la composition du CA : actuellement composé de 14 extérieurs et 19 élus, il serait resserré à 12 extérieurs et 12 élus. L’INSA connaîtrait alors la situation de l’ENS, où les membres nommés, majoritaires, assurent au président un vote favorable en toutes circonstances*.
  • La facilitation de l’abandon de la personnalité morale et juridique par l’établissement, qui serait soumise à une simple décision du CA.

Cette modification doit intervenir courant mars, avec une certaine précipitation due à un renouvellement des conseils prévu en novembre, et soulève des inquiétudes quant la perte de contrôle des élus sur l’établissement alors que celui-ci est engagé dans la création d’un regroupement qui remet en cause la personnalité morale et juridique de ses composantes.

Concernant l’université-cible, un flou persistant…

Tout cela n’est pas pour faciliter les échanges entre les administrateurs et É. Maurincomme, ce dernier maintenant dans une certaine opacité ses intentions et ses opinions.

C’est ainsi que le 21 décembre, le CA votait la motion suivante :

Nous, élus des personnels au CA de l’INSA de Lyon, demandons expressément que la trajectoire de l’INSA dans le paysage de la COMUE et de l’IDEX soit le résultat d’une concertation des personnels et des étudiants, d’un débat avec leurs représentants dans les instances et non le seul fait de son directeur.

Par ailleurs, les discours dissonants, voire contradictoires, au niveau des établissements impliqués dans l’IDEX perturbent fortement la compréhension du projet.

Il est donc absolument indispensable que l’Université de Lyon, porteuse du projet IDEX, organise des AG simultanément auprès des étudiants et des personnels de tous les établissements, en présence des directeurs et présidents d’université.

Quelle que soit l’issue de ces échanges, ce projet doit être, d’abord et avant tout, un projet voulu et réellement partagé par les personnels et les étudiants, dans le respect de la démocratie universitaire.

Le CA mandatait également son président** pour transmettre à Khaled Bouabdallah, président de l’Université de Lyon, les inquiétudes du personnel de l’INSA quant à la suite du projet Idex. Ce courrier est envoyé mi-janvier, et demande une plus grande implication des personnels et des étudiants dans la construction de l’université-cible, nourrie par une communication plus claire et plus transparente sur les travaux et les objectifs de cette construction.

Le 12 janvier, É. Maurincomme déclare, lors des vœux de l’INSA, que les divergences d’opinions entre les chefs d’établissements compromettaient l’avenir du projet d’université-cible.

Pourtant, quelques jours plus tard, la Feuille de route de l’Idex et les Éléments de cadrage de la politique de site apparaissent, et confirment la participation de l’INSA au cœur de cible du nouveau regroupement. Les quatre autres établissements (Lyon 1, Lyon 3, Saint-Étienne, ENS) voient des CA extraordinaires convoqués pour l’occasion, mais pas l’INSA : le suspense persiste.

… qui semble se dissiper

Les élus du CA demandent alors à leur directeur de clarifier sa position, et souhaitent connaître l’avis qu’il a exprimé sur les Éléments de cadrage au Conseil des membres de la ComUE.

Le directeur répond :

  • qu’il avait formulé des remarques sur une version préparatoire du document, lesquelles remarques n’ont pas été prises en compte dans la version finale ;
  • qu’un énorme flou subsiste quant aux partage des compétences entre la ComUE et l’université-cible (d’ailleurs, la ComUE subsistera-t-elle ?) ;
  • qu’en l’état, il désapprouve le document en question, et l’a dit en Conseil des membres le 30 janvier.

Puis, le 7 février, c’est dans la presse qu’il exprime ces réticences :

Des divergences apparaissent (…) mais pour l’instant nous avons tendance à être trop dans la retenue, dans le non-dit. Impossible d’avancer comme cela. Un des problèmes que nous rencontrons est que chaque établissement a sa propre stratégie, son histoire. (…)

Le projet original va changer : tous les établissements de la place lyonnaise et stéphanoise ne vont pas être ensemble. Jusqu’à présent, nous avons voulu mêler les deux aspects, université de rang mondial intensive en recherche et insertion dans l’écosystème territorial, mais nous nous rendons compte que c’est impossible. Aussi, deux pistes de travail se dessinent désormais. (…)

Nous avions promis de faire partager à notre personnel et à nos étudiants l’avancée du projet mais nous avons traîné. Ce fut une erreur.***

Les élus de son établissement lui demandent alors à nouveau de porter cette désapprobation au sein de l’UdL, en s’opposant au vote sur la Feuille de route du CA de l’UdL du 13 février. Ce qu’il semble avoir fait :

Alors, l’INSA est-elle en train de faire faux-bond à l’université-cible ? Un changement de sens du vent nous fera-t-il assister prochainement à nouveau tour de girouette ? É. Maurincomme déclarait il y a quelques jours à des étudiants que la mise en retrait des dernières semaines était surtout un moyen de pression sur les porteurs du projet Idex, pour que ceux-ci acceptent la conservation de la personnalité juridique de l’établissement.

À suivre…


(*) Telle était en tout cas le projet initial de Maurincomme. Les élus du personnel défendent pour leur part une contre-proposition à 10 extérieurs et 16 élus. Aux dernières nouvelles (c’est-à-dire à l’issue de deux réunions hier et aujourd’hui), le directeur accepterait de se rapprocher de cette solution, bien conscient du blocage qu’induirait une opposition unanime des élus. Quant à l’affaiblissement des conditions de modification des statuts, les élus défendent une majorité qualifiée des deux tiers.

(**) Le président du CA est distinct du directeur ; il s’agit de C. Nibourel, qui faisait également parler de lui par ailleurs ce même 21 décembre.

(***) L’interview est à lire dans La Tribune du 7 février 2018.

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